Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Jésus, un étonnant naïf !
 
Jésus, un étonnant naïf ! Etonnant naïf en effet, que celui dont l’Evangile selon saint Jean affirme de ses premiers moments publics : il savait ce qu’il y a dans l’homme, Jésus semble surpris. N’est-il pas celui qui pouvait aisément pressentir que le lépreux guéri, ne pourrait faire autrement que jubiler ; guéri ! Si le lépreux était vraiment guéri, comment se tairait-il ! Jésus ne pouvait-il prévoir que cette guérison étant autant personnelle que sociale – vue l’exclusion dont auparavant le lépreux était évidemment frappé, le guéri ne pourrait faire autrement que proclamer le bienfait reçu et désigner l’auteur de ce bienfait : c’est humain ! Et Jésus ne savait-il pas ce qu’il y a dans l’homme ?
 
Pourquoi Jésus demande-t-il ce silence impossible ? Ou ce mutisme inadéquat ? Il aurait pu ne pas guérir ce lépreux, mais une fois le bienfait venu, pourquoi bloquer l’expression de la joie ? L’action de grâce n’est-elle pas une recommandation biblique ? La guérison accordée, l’attestation venue des prêtres par l’examen du lépreux guéri, conformément à la loi de Moise, ne fallait-il pas s’attendre à un passage naturel de la joie communicative à une action de grâce communiquée ?
 
Certes, Jésus voulait de la discrétion : il lui fallait craindre de revêtir trop tôt les habits de Messie et le rôle politique qu’on rattacherait à cette réalité.
 
Jésus, un étonnant naïf ! Voulait-il se réserver à lui seul l’Annonce de la Présence du Seigneur qu’il est ? Il est certain que le lépreux guéri aura formellement désobéi ; il est tout aussi certain qu’il nous est donné de voir l’œuvre de Dieu, concrète, et la joie qui en naît ; trop sonore ?
« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur, » chantait le psalmiste et l’auteur de la Lettre aux Hébreux. Et il recommandait : « Frères, veillez à ce que personne d’entre vous n’ait un cœur mauvais que le manque de foi sépare du Dieu vivant. Au contraire, encouragez-vous les uns les autres, jour après jour. » Et pour cela, ne craignez pas de profiter de la fausse naïveté de celui qui sait ce qu’il y a dans l’homme. Et rendons grâce avec lui.  Notre célébration nous y accorde.
 

fr. Hugues-François Rovarino, op


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