Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

La sainteté : du diamant brut

6° dimanche temps ordinaire, Mt 5, 17-47

 

Frères, l’évangile exigeant que nous venons d’entendre est de fait une explicitation du Sermon sur la montagne. Jésus entre dans les détails, pointe le sommet à atteindre ici-bas, pauvres manches que nous sommes.

Si vous avez bien tout écouté, vous avez dû avoir comme un choc électrique dans les reins, tellement c’est radical et très élevé. D’abord Jésus nous invite à une justice nouvelle, claire et nette. Il n’est pas venu abolir la Loi révélée à Moïse, notamment dans le Décalogue, il est venu la porter à sa plénière exigence. Le « Tu ne tueras pas » du Décalogue, qui pourtant représentait un énorme progrès, ne suffit plus. Colère et insulte au prochain sont désormais à proscrire. Maudire, traiter son frère de « renégat », avec à l’époque une nuance d’impiété religieuse, est comme un blasphème à son endroit. Intéressant, intéressant, dans une société essentiellement religieuse. Mon frère est un fils de Dieu, je dois faire pas ser cette vérité avant mes récriminations, justifiées ou pas.

   Il y a de quoi se mordre la langue quand on lit que traiter son frère de « crétin », de « sans cervelle », en répondra au tribunal de Dieu. Parce que des crétins il y en a bel et bien, et ça fait du bien de le dire. Mais ce que veut dire Jésus est imparable : n’enferme pas ton prochain dans ta sévérité envers lui, tu fais le lit de ta méchanceté, or « c’est avec la mesure avec laquelle tu as mesuré que tu seras à ton tour mesuré. Même l’hommage cultuel à Dieu s’incline devant le commandement de l’amour du prochain. « Laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ». Ce qu’on a du chemin à faire !

   L’exigence se fait de plus en plus ardue pour même nos appétits. L’homme qui en pensée, dit Jésus, fait acte de prédation sur une femme, la convoite, a commis l’adultère dans son cœur. Nous sommes tapissés d’adultères. Jésus propose un remède radical : s’attaquer aux racines de la convoitise, c’est cela que veut dire couper la main, arracher l’œil cupide, hyperbole évidemment, à ne pas prendre à la lettre, ou alors allez vite chez l’ophtalmo ! Nietzsche haïssait le christianisme parce qu’il est selon lui un arracheur d’appétits en culpabilisant, donc inhumain. Notre philosophe faisait mine d’ignorer que les appétits, les instincts forts, sont sans frein, et n’ont de gage que leur humeur. Pas draconiens, les appétits ?...

   Si nous sommes des êtres inégaux dans l’âme, nous sommes égaux devant Dieu. Et comme l’amour se scelle devant Dieu dans le judaïsme, hommes et femmes, dit Jésus, ont mêmes responsabilités dans leur engagement conjugal. Pas de privilège pour les maris, pour savoir si oui ou non ils ont un droit de répudiation, comme les scribes en débattaient.

 

   Jésus peaufine son diamant d’évangile. Si on te frappe sur la joue, tends l’autre, c’est-à-dire défie ton frère de frapper une seconde fois. S’il le fait il enfreint sa propre humanité. A la violence Jésus oppose la bonté frontale. Enfin, ne te contente pas d’aimer ton prochain pousse jusqu’à aimer ton ennemi, prie pour lui car le jour se lève aussi pour lui et l’amour du Père attend son retournement. Que ton oui soit oui, et ton non soit non, juste ce que nous avons du mal à faire, pauvres manches ! Au bout de ce programme clair, qui n’est pas à la Macron, holà là qu’est-ce que je dis, on se sent si minuscule qu’on a envie de crier grâce. Bien fait pour nous !

fr. Guy Touton, op


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