Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Donner corps au Verbe
Fête des saints Cyrille et Méthode
 
Écrire, c’est donner Corps au Verbe. Ce qui n’était qu’une voix et un souffle, un mouvement passager de l’Esprit se consolide, se condense, entre dans le monde des choses, demeure et éclaire. Lorsque nous traçons les lettres, même si le son de notre voix ne les suit plus, leur sens rayonne. Créer une écriture pour une langue – c’est lui donner un corps, un corpus, l’associer au mystère de l’Incarnation du Verbe.
Plus encore, quand les Saintes Écritures sont traduites en une nouvelle langue, le Verbe Incarné touche les hommes d’une manière toute neuve. Son humanité atteint ceux qui sont séparés de lui non seulement dans le temps – nous entendons ce qui a été proclamé il y a deux mille ans, - mais aussi elle touche ceux qui appartient à d’autres cultures, d’autres mondes de pensée. Le Corps du Verbe Incarné, le corpus des Écritures récapitulent les langues de l’humanité divisée.
Quand pour la première fois Cyrille et Méthode tracent en slavon « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu », cette langue acquiert une dignité toute neuve et le corps du Verbe s’enrichit des sonorités jusqu’à là inconnues.
Plus encore, non seulement Cyrille et Méthode ont donné aux peuples slaves l’Écriture, par laquelle le Verbe de Dieu vient jusqu’à nous, mais ils leur ont donné la liturgie, par laquelle notre parole monte vers Dieu. Plus que notre prière individuelle, plus que notre piété personnelle, c’est la prière d’un peuple, d’une langue, d’un monde culturel qui se fraie un chemin jusqu’au trône du Verbe incarné.
Écrire, c’est donner Corps au Verbe. Saints Cyrille et Méthode se sont mis au service de cette grande œuvre de l’Incarnation rédemptrice en traduisant les Écritures pour les slaves, en leur donnant accès au culte divin dans leur propre parler. En servant cette Incarnation du Verbe ils ont aussi engendré ces peuples à une dignité nouvelle – celle des enfants de Dieu.
Maintenant, c’est à nous. C’est à nous d’accueillir le Verbe, de le garder dans notre cœur, de le laisser prendre chair en notre vie, de le porter à nos proches, afin qu’eux aussi entendent cette Parole de salut, découvrent le Christ, entrent dans sa joie et sa louange avec leur voix propre, unique, précieuse aux yeux de Dieu.

fr. Pavel Syssoev, op


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