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L’argent, serviteur ou maître?
L’adage est bien connu, l’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître. C’est précisément ce sur quoi Jésus attire notre attention aujourd’hui. Vous ne pouvez pas, dit-il, servir à la fois Dieu et l’Argent. Servir l’argent, voilà une entreprise proscrite pour vous qui n’avez qu’un seul maître, un seul Père.
Nous ne pouvons pas servir Dieu et l'argent à la fois pour la bonne raison qu'ils ne peuvent se placer au même niveau. Dieu est Père, l'argent n'est qu'un moyen. L’argent on s’en sert, Dieu on l’adore.
Le rapport à l’argent est une question délicate. On le sait, l’argent on n’en a jamais assez et personne n’est jamais assez riche. Or il se fait que nous ne sommes pas tous dans la même situation. Il y a des riches, voire des très riches et il y a à côté des pauvres, des très pauvres. En plus, pour se faire de l’argent, chacun utilise des moyens différents.
L’argent est souvent synonyme de sécurité, de bien-être. On sait que l’existence n’est pas toujours facile: problèmes de santé, chômage, imprévus. Sans argent, la vie peut être pesante.
Nous sommes souvent pleins d’inquiétude pour notre avenir, pour la vie future. Et ça peut devenir un souci permanent, une obsession, qui nous enlève la paix et la joie de vivre le présent. Or aujourd’hui, à plusieurs reprises le Seigneur s’adresse à nous en ces termes : ne vous faites pas tant de soucis. Regardez tout simplement les oiseaux, les fleurs, bref la création, nous avons à ses yeux plus de prix que tout le reste.
Les images que Jésus emploie, la passivité des végétaux, l’insouciance des petits oiseaux, prouvent bien que si la sollicitude du créateur s’exerce envers ces créatures les plus insignifiantes, combien plus le sera-t-il envers les hommes. Se polariser sur les besoins matériels, s’inquiéter du lendemain, c’est se tromper de priorité. C’est courir le risque de se laisser accaparer par le besoin d’avoir. D’avoir toujours plus.
En effet, la soif inaltérable de l’argent peut détourner le cœur de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain. Jésus ne condamne pas l’argent en soi, dans son usage normal. Bientôt, c’est le carême, l’argent on peut s’en servir pour faire l’aumône.
Par contre, Jésus n’hésite pas à condamner tout asservissement à l’argent. Nous n’avons pas à nous faire esclave de ce maître redoutable. L’esclavage de l’argent est une source de tant des soucis. L’argent qui serait un si bon serviteur est devenu un bien mauvais maître. Le monde, création de Dieu, se détruit sous le rythme infernal que lui impose la course de l’argent avec toutes les conséquences qui en découlent. Abus, scandale, injustice de toute sorte. Non l’argent n’a pas l’odeur de sainteté.
L’évangile de ce jour nous invite pleinement à nous poser dans l’instant présent, et à abandonner l’avenir à la miséricorde de Dieu, à ne pas nous laisser tourmenter par le souci du lendemain. Le Seigneur a l’air de nous interroger: Tant de pauvreté dans le monde, tant d’indifférence, tant de manque, et nous, nous avons encore le souci de notre nourriture, de notre vêtement, de notre petit confort? L’homme croyant, selon notre Seigneur, n’est pas du tout un insouciant. C’est quelqu’un qui a changé de souci. Il n’est plus soucieux de sa vie, mais soucieux du royaume de Dieu dont il est devenu passionné.
Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent. Pas de compromis donc. Pour les disciples qui prient la prière de Notre Père, la préoccupation première doit être le désir de la venue du règne. C’est seulement dans un deuxième temps que nous demandons le pain de chaque jour.
Cherchez d’abord son royaume et sa justice, et tout le reste vous sera donné, nous dit le Seigneur.. La parole du Christ veut nous rendre libre de tout asservissement. Attendre tout de Dieu, remettre entre ses mains notre présent et notre avenir, compter sur la providence. C’est donc à la confiance que nous sommes appelés et surtout à la relativisation de nos soucis
Jésus ne nous dit pas qu’il faut vivre sans argent. Mais qu’il ne faut pas en faire un maître. Faire de l’argent un maître c’est d’accepter en être esclave. L’argent, c’est le symbole par excellence, de toutes les puissances d’asservissement de notre cœur.
Il ne s’agit donc pas de mépriser l’argent qui est nécessaire à la survie des hommes, mais de refuser d’en devenir l’esclave. Refuser qu’il devienne l’égal de Dieu. Refuser qu’il prenne la place de Dieu dans notre vie. Et pour éviter ce risque, il faut accepter de tout recevoir de main de Dieu. C’est la confiance mise dans le seul Seigneur qui nous préserve de devenir esclave des biens matériels et de toutes les jouissances qu’ils procurent.
La confiance suppose aussi l’humilité. Celle de reconnaître que nous avons besoin de la grâce. Nous devons demander la grâce chaque jour. Oui, à chaque jour suffit sa peine. Nous avons besoin de la grâce aujourd’hui, demain nous aurons besoin de la grâce, et après-demain nous aurons encore besoin de la grâce.
Dieu est le seul maître que nous devons servir. Il est celui qui nous assure qu’il peut tout pour nous, et qu’avec lui il n’y a plus rien à craindre. Même sans argent.

fr. Antoine Tingba, op.


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