Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La colombe de Jonas 

Fr. Hugues-François Rovarino, dominicain

Quand j’étais enfant, mon père nous emmenait régulièrement au cirque. Et j’aimais cela : le cirque, ses animaux, ses clowns et ses surprises. Certes j’y voyais les dompteurs et leurs fauves, mais aucun ne se faisait avaler par la bête : il faut dire que je n’ai jamais vu le poisson qui avala Jonas… et qui permit à Jonas fuyard de demeurer tranquille trois jours avant d’être rejeté…  En revanche, j’ai vu souvent s’envoler une colombe lorsque le prestidigitateur ayant recouvert tel ou tel objet d’un linge certainement précieux, le retirait soudain : et une colombe pouvait apparaître ; une colombe paisible, posée sur le doigt du magicien, par exemple, en lieu et place d’objets plus imposants… Impressionnant.

Mais, vous vous demandez de quoi je veux bien parler aujourd’hui. Jonas devrait retenir mon attention, pensez-vous.

Plusieurs fois cité, appelé par Dieu, affolé, fuyard dans les premières lignes du Livre de Jonas qui précèdent le passage qui fut proclamé à l’instant, il n’est pas en tout imitable - semble-t-il. S’il est tant mentionné dans notre liturgie, c’est donc qu’il a pourtant d’autres vertus.

Figurez-vous justement que Jonas cache une colombe. Hop, le voile se lève et la colombe apparaît. Et pour la Bible, la colombe c’est la Paix. On aurait pu vitupérer contre Jonas ; on allait même en certains chapitres le traiter de lâche, et le voici révélant la Paix, le voilà cité en référence par Jésus. Le voici appelant à la conversion les habitants de la grande ville ; et voilà sa prédication suivie. Trop fort !

Il y a des jours où il vaudrait mieux aller au cirque ! Ce serait moins déroutant. Mais à entendre ce passage du livre de Jonas, à voir le succès de sa prédication à la conversion, à constater que lui-même fut d’abord converti, nous comprenons pourquoi il est cité en exemple.

Le fuyard nous montre comment accueillir la Paix du Seigneur. A Ninive, l’actuelle Mossoul… Il lui aura fallu aller loin et descendre profond ; être avalé par un poisson immense aux allures de tombeau. Et enfin, accueillant la parole de Dieu, devenir la colombe de Paix, Jonas, précisément, lui-même !

Faut-il applaudir à cette prouesse ? Nous avons quitté le cirque et ses prestidigitateurs. Nous écoutons l’envol de la colombe ; c’est presque le bruit d’un fin silence… Nous nous convertissons à la Paix du Cœur. En revoyant tout ce parcours, nous faisons place à l’espérance. C’est plus beau qu’au cirque ; on appelle cela le carême : aimons le prendre dans sa gravité pour que cette conversion fruit de la grâce, proclame la nôtre, à venir.

Le carême touche à son huitième jour. Alors voici notre mission : à chacun de parcourir les autres jours avec l’Eglise ; nom de code « Jonas », pour que la colombe repose sur nous et apaise autour de nous ! 

fr. Hugues-François Rovarino, op


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