Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

Homme de désir, femme de soif

Arrive une femme de Samarie qui venait puiser de l’eau...

Quelle soif brûle notre cœur ? Quelle nourriture apaise notre faim ?

Sur la route de notre Carême, voilà une rencontre : Jésus et la Samaritaine. Lui, affamé de faire la volonté de Dieu. Elle, assoiffée de l’eau vive. Ce qui se vit dans leur entretien, nous révèle ce que nous sommes.

Notre être véritable – c’est notre désir le plus profond. Profond, caché, puissant. Le puits de notre âme est bien plus insondable que celui de Jacob ; Dieu lui-même l’a creusé en nous. Ensablé par des préoccupations, troublés par des velléités passagères, enseveli par les envies, notre désir continue de sourdre. Rien de créé ne le satisfait. Rien de passager ne le comble. Il y a en nous une béance que l’infini seul peut satisfaire. Mais encore faut-il descendre jusqu’au racine de notre vie ; mais encore faut-il y voir clair, encore faut-il être libéré de ces cinq faux maris qui prétendent dominer notre vie et de ce sixième qui non plus n’est pas à nous. Qui descendra dans ces profondeurs pour frayer le chemin à notre désir ? Qui nous libérera de ce poids des choses sans valeurs qui étouffent notre joie ? Qui sera le vrai Époux de notre âme ?

Celui dont le désir est plus grand que le nôtre. Jésus vient vers nous comme un homme de désir. Fatigué par le chemin, épuisé par la chaleur, il est surtout affamé de faire la volonté de son Père, dévoré par le zèle de la maison de Dieu. Cette maison, c’est nous. Le lieu où le Père doit être adoré, en esprit et en vérité, ce n’est pas telle ville ou tel pays, c’est nous. La source d’eau vive qui jaillit dans la vie éternelle n’est pas en dehors de nous. L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. C’est pour répandre cet Esprit que Jésus vient. C’est pour ressuscité notre amour qu’il nous parle. Comme le dit la préface de ce jour : il avait un si grand désir d’éveiller la foi dans son cœur, qu’il fit naître en elle l’amour même de Dieu.

Quelle soif brûle notre cœur ? Quelle nourriture apaise notre faim ? Qu’est-ce que je veux pour de vrai de ma vie ? Qu’est-ce que je désire pour ceux qui me sont chers ? Nous nous dépensons dans une quête des choses qui s’avèrent si facilement décevantes, mais est-ce leur faute ? Elles n’ont jamais promis de nous combler ! La misère nous effraie, mais la richesse ne nous fera pas vivre éternellement ! L’injustice sociale doit être combattue, mais les hommes politiques ne feront pas descendre sur terre la Cité de Dieu ! La solitude est un mal, mais les cinq maris de la Samaritaine n’ont fait que montrer leur parfaite inanité. Tant que nous demandons aux créatures ce que Dieu seul peut donner, nous marcherons dans le désert.

Dieu veut que ce désert refleurisse. La Carême n’est pas un temps où notre désir meure. Au contraire, il est une grâce qui permet à notre vraie soif de revivre, se débarrasser des idoles, retrouver sa vigueur et sa puissance, former un fruit. La moisson que Jésus contemple, c’est le vrai désir qui grandit en nous. Levez les yeux et regardez les champs qui dorent pour la moisson. Dès maintenant le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle.

Au terme de notre Carême, nous célébrerons la nuit très sainte où Jésus se donnera en nourriture. Puisse notre désir être assez mûr pour l’accueillir dignement ! De son sein couleront les flots de l’eau vive de l’Esprit. Puisse notre soif être assez grande pour s’en abreuver !

Selon les derniers versets de l’Apocalypse : L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! Que celui qui écoute dise : Viens ! Et que l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement.

 


 

fr. Pavel Syssoev, op


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