Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

 

JOUR DE PÂQUES 2017

 

Nous voulons des réponses ! il faut qu’on nous éclaire. Depuis vendredi, jour de la crucifixion et de la mort de Jésus, tant de questions n’ont pas reçu la réponse ! Nous sommes dans l’attente de réponses. On veut des réponses ! Lors de ces derniers jours, nous avons entendu des questions adressées à Jésus : « Es-tu le Fils de Dieu ? Es-tu le roi de Juifs ? D’où es-tu ? qu’est-ce que la vérité ? » Les réponses claires ne sont pas venues ! Nous avons aussi nos propres questions : « comment le Fils de Dieu peut-il mourir ? pourquoi le juste est-il condamné ? Pourquoi tous l’ont-ils abandonné ? » Toutes ces questions n’ont pas non plus reçu de réponses claires ! Ce matin nous sommes venus pour avoir des réponses. Ce sont ces interrogations qui nous poussent à venir en ce matin de Pâques, plus que l’attente d’un happy end aux événements vécus depuis le jour de Rameaux.

 

Ces questions ont leur intérêt, elles prouvent tout d’abord que pour nous la mort de Jésus n’est pas un point final. Nous ne nous en satisfaisons pas. Elle a un goût d’inachevé. Elle nous a laissé en comme en suspent. Et, voilà que pour nous donner une réponse on nous donne une nouvelle énigme : un tombeau ouvert et vide. Si nous attendions des discours, des anges un peu loquaces qui nous expliqueraient de quoi il retourne, peut-être même une belle homélie de notre Seigneur ressuscité lui-même ! nous en sommes pour nos frais ! En guise de réponse, il y a le silence, un silence sépulcral ! Pire, nous sommes mis devant un tombeau vide. Nous aurions attendu trois jours, pour cela : nous trouver, comme abandonnés, devant un tombeau délaissé par celui qui y avait été mis vendredi soir. On nous a fait attendre pour ça !

 

C’est pourtant la meilleure des réponses que nous pouvions avoir. Le tombeau est vide mais les yeux de la foi doivent y voir le signe sûr de la résurrection.

 

Trois des intimes de Jésus, se rendent au tombeau ce matin-là. Regardons-les et nous remarquons combien ils nous ressemblent. Eux aussi ont leurs questions qui les pressent, ils ne sont pas en paix. Marie-Madeleine, remplie de son chagrin veut retrouver celui que son cœur aime. Pierre englué dans son remord cherche un indispensable pardon. Jean sonné de la vue de la mort de Jésus veut de nouveau se pencher sur son Seigneur. Le tombeau va être pour eux un révélateur. Pourtant, il va déclencher en eux des réactions différentes. Chacun va réagir à partir de son état d’esprit profond, de son état d’âme. Marie-Madeleine recroquevillée par sa douleur, pense que le Seigneur a été enlevé ; Pierre aveuglé par son reniement, il reste comme interdit et dubitatif ; Jean qui a suivi et vu Jésus en sa passion et mourir sur la Croix, voit et croit. Tout en lui se met en place : les paroles que Jésus avait dites depuis le premier jour à Béthanie « que cherchez-vous ? » jusqu’à ses derniers mots « tout est accompli ! », le disciple bien aimé se les rappelle avec netteté, et ces annonces de la passion et de la résurrection. Alors, il croit !

 

Le tombeau vide est la meilleure réponse pour notre foi ! Jésus n’impose pas d’emblée sa vue à ceux qui le cherchent ce matin. Il leur ménage, non pas une bonne surprise, mais le temps de s’apaiser, de se remettre en mémoire ce qu’il avait dit, et surtout le temps de poser un acte de foi en sa Parole. Il leur laisse le temps pour bien recevoir la bonne nouvelle de sa résurrection. Il disait toujours « Venez et voyez ».

 

Ce matin est une étape de purification, la rencontre avec le Ressuscité doit être désirée. Il ne s’agit pas de magie ! il faut se mettre dans les dispositions de la foi. Alors il viendra, pas plus tard que quelques instants après pour Marie Madeleine dans le jardin, pas plus tard que ce soir au cénacle pour ses apôtres ou sur le chemin d’Emmaüs pour deux disciples. Alors il viendra donner sa paix. Alors il viendra expliquer tout ce qui dans les Écritures le concernait. Alors il viendra souffler sur les apôtres son Esprit.

 

Cette rencontre avec le Ressuscité doit comme passer au creuset de l’interrogation du tombeau vide, de l’interrogation, au fond de la foi. Rappelons ce que Jésus disait à Marthe, sœur de Lazare : « Je suis la Résurrection et la Vie. (…) Crois-tu cela ? »

 

Aujourd’hui frères et sœurs, nous sommes, nous aussi, convoqués devant le tombeau vide. Pour nous, il doit être une réponse. Aujourd’hui, c’est cette révélation qui nous est donnée. Aujourd’hui, avant de répondre à nos questions, le Seigneur nous pose à nouveau la question « je suis la Résurrection et la Vie, crois-tu cela ? ». Notre réponse de foi, comme celle de Jean, « il vit et il crut », va nous donner de pouvoir rencontrer le Christ ressuscité, de l’entendre nous donner les réponses que nous attendons. A vrai dire, les réponses, il les a déjà données. Dans tout son enseignement il a donné des réponses, à nous de les voir et de les comprendre. Il va nous les donner de nouveau, mais en nous demandant une attention renouvelée. Si nous sommes venus ce matin avec nos questions, il faudra revenir pendant un temps assez long pour lui laisser le temps de répondre. Il faudra nous arrêter avec lui pendant tout le temps pascal. Durant tout le temps de Pâques, Jésus par son Évangile va nous éclairer. Comme pour les disciples d’Emmaüs, il va en commençant par Moïse et par tous les prophètes, nous expliquer dans toutes les Écritures ce qui le concerne. Il va rompre le pain de son Corps, pour vous fortifier. Il va nous donner sa paix, il va nous dire qu’il est le bon pasteur, qu’il est la vigne véritable ! il va nous envoyer au monde entier prêcher en son nom. Il va, enfin, répandre sur nous à profusion l’Esprit de Vérité qui va tout nous enseigner.

 

Devant le tombeau vide, nous comprenons que nous avons les réponses à nos questions de la bouche du Seigneur lui-même qui nous les donne par son Évangile. « Crois-tu cela ? » Oui, nous croyons : Christ est ressuscité, amen ! alléluia !

fr. Loïc-Marie Le Bot, op


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