Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La bonne terre
Mt 13,1-23
Dimanche 16 juillet 2017
 
 Souvent, Jésus parle du don de Dieu. C’est normal, tout commence en Dieu. C’est Dieu qui nous a aimés en premier ; c’est Dieu le semeur. Mais aujourd’hui, l’insistance est sur le don reçu : Dieu donne, certes, mais comment je reçois son don ? Jésus enchaîne trois moments : il dit une parabole, la parabole du semeur ; il explique pourquoi il parle en parabole ; il interprète la parabole du semeur.
 
D’abord, Jésus parle en parabole. C’est une manière étrange de parler. Au lieu d’aller droit au but, avec des concepts clairs et distincts, on passe par des images, des comparaisons, des symboles. Ils alimentent notre imagination, entraînent notre volonté, intriguent et déconcertent notre intelligence. Il faut que la parabole provoque une sorte de tournis dans notre esprit. Quand j’entends une parabole, la première chose que je dois me dire, c’est : « je ne comprends pas ». C’est tellement vrai que Jésus expliquera la parabole. Dans une parabole, on voit que quelque chose d’important est dit mais on n’est pas sûr de comprendre : Qui est le semeur ? Qu’est-ce que la graine ? Pourquoi ces divers terrains ?
 
Aujourd’hui, quand vous parlez de parabole, les gens pensent à une antenne plus efficace pour recevoir les ondes. L’évangile pourrait rejoindre cela s’il s’agissait de seulement d’accueillir un don qui vient d’en-haut. Mais Jésus ne raconte pas des paraboles pour mieux voir la télévision, mieux capter internet, ou se demander si des extra-terrestres sont à l’écoute. En réalité, une parabole contredit un dicton bien connu : le chemin le plus court entre deux points est la ligne droite. Les montagnards savent bien que c’est faux. Il faut savoir aussi contourner et même se rallonger pour parvenir au but. Une parabole de l’évangile, c’est exactement cela. Au lieu de dire directement les choses, Jésus introduit des courbes et des détours. Pourquoi ? Jésus donne la raison : ils regardent sans regarder ; ils écoutent sans écouter ni comprendre. Autrement dit, le cœur est endurci et toute parole directe se heurte à cet endurcissement, surtout si cette parole vient de Dieu. Alors il faut promener ce cœur à travers un décor qui l’interroge, l’inquiète et l’emmène à une conclusion inattendue. La graine vient d’en-haut, mais le problème, c’est la terre, le terrain qui la reçoit.
 
La parabole du semeur devient vite la parabole de la bonne terre et aussi des mauvaises terres. Elle pose la question de notre écoute et de l’accueil de la Parole de Dieu. Notre imagination et notre esprit circulent entre le semeur, la terre, la mauvaise terre, mais aussi diverses circonstances.
 
Jésus prend quatre situations. Ne nous trompons pas. Il ne s’agit pas de quatre catégories de gens. Tous, nous pouvons être, à certains moments, l’un de ces quatre terrains. C’est pourquoi chacun mérite une attention.
 
D’abord, la bordure du chemin : c’est recevoir la Parole de Dieu sur un sol fragile, avec des passages nombreux et dangereux. C’est le cœur du paresseux ou de l’indifférent qui ne cherche pas à comprendre la Parole de Dieu. Il croit sans comprendre et donc il ne comprend pas qu’il ne croit pas beaucoup. C’est la proie rêvée du Mauvais, dit Jésus. Un seul coup pied du Diable suffit à éparpiller les graines et à vider ce cœur négligent.
 
 
Ensuite, le sol pierreux : l’illusion est beaucoup plus forte. On pense mieux retenir les graines. On entend la Parole et même on la reçoit aussitôt avec joie. C’est le primaire, l’enthousiaste de surface, le croyant superficiel. Sans racine, dit Jésus, l’homme d’un moment, alors qu’il s’agissait de graines pour l’éternité. La moindre épreuve de la vie suffit à le faire trébucher. En cas de persécution, violente ou douce, il changera de religion ou n’en aura plus. Ici, le Diable n’est même plus nécessaire. L’homme d’un moment ne peut pas être l’homme de Dieu.
 
Après, les ronces : on prévoit une situation grave. Là encore, on commence bien puisqu’on entend la Parole. Mais cela ne dure pas. Deux circonstances interviennent : le souci du monde et la séduction de la richesse. Vous savez à quoi Jésus compare ces circonstances ? A un étouffement. C’est l’image des ronces qui envahissent tout et empêchent la plante de grandir. Seulement ces ronces, si elles viennent du monde, notre cœur a consenti à cette invasion. L’étouffement des mauvais soucis ; l’étouffement de la séduction ; l’étouffement de l’argent. Et la liste est bien plus grande. La Parole de Dieu est étouffée et le cœur étouffe. Aucun fruit ne verra le jour. C’est triste d’étouffer ainsi dans la terre quand on est fait pour l’air libre, les grands espaces du ciel et du vent.
 
Enfin, la bonne terre : ni chemin, ni pierre, ni ronce, une bonne terre qu’on a plaisir à labourer et à ensemencer. Là, Jésus est très précis sur l’accueil de la Parole de Dieu : entendre ; comprendre, fructifier. Ni le Diable, ni le monde, ni les épreuves ne pourront contredire l’essor de la plante, la germination de la graine et la fécondité sans limite. Repérer bien ces trois moments : un, j’entends la Parole de Dieu d’une écoute attentive. Deux, je la comprends, comme Marie méditait dans son cœur ; comme un amoureux de Dieu approfondit l’intelligence de sa foi ; comme un disciple de Jésus qui ne cesse de lui poser les bonnes questions. Trois, la fécondité alors revient. D’une seule graine naît une multitude de fruits. De la grâce du baptême naît un cœur ouvert à la Parole de Dieu ; de la grâce des sacrements et de la prière grandit le Royaume de Dieu ; de la grâce de l’Eucharistie sont produits tous les fruits de la charité.
 
Mon cœur, es-tu une bonne terre ?
 
« La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. » (Is 55, 10-11)

fr. Gilbert Narcisse, op


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