Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Le secret des larmes
Dans le monde entier le christianisme a été proclamé. Toutes les nations ont entendu parlé de Jésus-Christ. L’universalité de la foi catholique s’est déployée depuis des siècles, dans les mondes anciens comme dans les mondes nouveaux. Des millions, des milliards de croyants célèbrent Jésus-Christ.
Mais le premier jour de cette semaine, il n’y a qu’une seule femme, Marie Madeleine. Elle part dans la nuit affronter la nuit du tombeau. C’était encore les ténèbres, les ténèbres du monde, les ténèbres de la Croix, les ténèbres du péché, mais déjà aussi le péché pardonné. Alors, Marie Madeleine pleure. Elle est tout en pleur. Elle pleure à côté du tombeau ; elle pleure en se penchant vers le tombeau ; elle pleure la disparition du Seigneur, ou plutôt, comme elle dit « mon » Seigneur.
Une question angélique est alors posée : « Femme pourquoi pleures-tu ? » C’est une question qu’on pourrait poser à toutes les femmes. Si l’on écoutait davantage les pleurs des femmes, de sainte Marie Madeleine à toutes les saintes femmes, mais aussi les larmes plus secrètes au cours des siècles, notre monde entrerait dans une autre dimension, celle du péché pardonné, celle de l’amour ardent qui ne supporte pas l’absence du bien-aimé, celle de la vie plus forte que la mort.
Devant ces larmes, Jésus vient. Il prononce son nom : « Marie ». Car notre sainte si seule est désormais, comme l’autre Marie : toutes les générations la diront bienheureuse. Elle est bienheureuse parce que ses larmes ont transformé le monde. De la mort du tombeau, on passe à la vie du ressuscité ; à celui qui monte vers son Père et vers notre Père ; vers mon Dieu et votre Dieu, dit Jésus.
Marie-Madeleine reçoit alors la mission d’être la première messagère de la résurrection. Toute vie nouvelle vient d’une femme ; la vie définitive de la résurrection devait recevoir ce témoignage. La vie du ressuscité est vraiment nouvelle car c’est Marie-Madeleine qui le dit, du fond de ses larmes, larmes de la peine transformées en larmes de joie.
Le témoignage de Marie Madeleine sera la référence de tous les prédicateurs, en particulier des frères prêcheurs, qui reconnaîtront en elle, le motif et le but de la prédication. Le motif : l’amour miséricordieux du pardon ; le but : « j’ai vu le Seigneur ». Toute prédication devrait être imprégnée de l’expérience de sainte Marie Madeleine, de ses larmes de tristesse et de ses larmes de joie ; d’un Seigneur trop absent du souci du monde à un Seigneur si vivant pour celui qui le reçoit dans son cœur.
Sainte Marie Madeleine, donne-nous le secret de ta tristesse ; donne-nous le secret de ta joie.

fr. Gilbert Narcisse, op


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