Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Fils du Royaume, fils du mauvais
Fils du Royaume et fils du mauvais, sommes-nous séparés dès notre naissance ? Les uns, serions-nous destinés à la gloire sans mérite de notre part ; les autres, serions-nous destinés au feu, quels que soient nos efforts ? Dans cette mystérieuse croissance des deux Cités dans notre histoire, de la Cité du bien et de celle du mal, quel est notre part de responsabilité ? Quelle est, en conséquence, notre liberté ?
Nous sommes faits pour le bien, notre désir du bonheur vrai et beau en témoigne. Il y a en nous une exigence de l’infini, si forte, si puissante, qu’aucun bien particulier, qu’une réalité créée ne peut combler. La vie contemplative le montre. Et en même temps, ce bon grain de notre création est perverti par l’ivraie de la volonté propre, du désir de séduction et de puissance, par l’incessant retour sur soi, par cette prétention si naïve et si puissante de tout ramener à soi. Naïve, car nous voyons que c’est impossible, puissante, car nous vivons comme si c’était réalisable.
Nous portons dans notre propre cœur ces deux Cités. Telle Rebecca qui porte en son sein deux frères antagonistes, Jacob et Esaü, nous portons en nous de quoi devenir fils de Royaume, de quoi devenir fils du mauvais. Devenir fils du Royaume : par notre création, qui nous oriente vers la lumière ; par notre rédemption qui nous libère de l’emprise du mal. Mais aussi il y a en nous de quoi devenir fils du mauvais : par notre peur et notre lâcheté, par notre luxure et notre égoïsme. Ces semailles n’ont pas eu lieu une fois pour toutes, chaque jour renouvelle leur œuvre.
Chaque jour la grâce nous appelle à plus de liberté et de simplicité, à une prière plus constante, à une charité plus vive. Chaque jour aussi, le Mauvais dépose en nous des pensées de haine et de jalousie, de l’indifférence et de « à-quoi-bon ». Notre vie spirituelle est une croissance et elle est un discernement ; elle est cet engendrement mystérieux où nous sommes à la fois l’enfant qui vient et la mère qui le porte. Nos actes nous forment, nos choix nous structurent, nos décisions nous façonnent. Ils ne nous sont pas extérieurs, mais viennent de ces semailles de Dieu et du diable au plus profond de notre être, et leur fruit – c’est notre vie, c’est nous-mêmes.
Le discernement donc. Ne cherchons pas tant à séparer les bons des méchants autour de nous – l’Évangile de ce jour nous montre clairement pourquoi Dieu nous demande de ne pas le faire, – veillons plutôt à peser nos pensées. Nommons-les. Voilà une pensée d’infidélité et voilà une invitation à la prière. Voilà un début de l’intercession, et voilà un début de la haine. La même situation extérieure peut nous inviter à l’une comme à l’autre, c’est à nous d’engendrer un acte soit de mépris, soit de charité ; soit de soutien, soit d’indifférence. Veillons sur le champs de notre cœur, discriminons ce qui y pousse, cultivons les bons fruits et – patiemment, très patiemment – enlevons ce que le Mauvais y dépose.
Si toute cette immense énergie que nous utilisons à critiquer les autres pouvait être orientée vers cette œuvre de la vigilance intérieure, quelle lumineuse et gigantesque moisson de sainteté se lèverait dans notre temps !
Certes, il y a des pensées et des attitudes si complexes et si riches que le jugement n’est pas facile. Présentons cela en confession. Demandons à Dieu lui-même d’éclairer notre jugement. Mettons en ordre ce qui nous est visible, le reste s’en trouvera davantage éclairé. Comme dans une pièce qui sert de fourre-tout, commençons par enlever les encombrants accessibles, peu à peu cela dégagera de l’espace pour traiter ce qui reste.
Les fils du Royaume et les fils du Mauvais, nous les devenons, en cultivant les semailles de Dieu ou les semailles du Diable. Veillons donc sur notre cœur : c’est de ce champs-là que nous sommes établis seigneurs et maîtres. Si nous nous acquittons de notre tâche, le monde entier ira mieux !

fr. Pavel Syssoev, op


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