Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Le veau d’or
Pendant que Moïse se tient dans les ténèbres de la montagne embrasée, le peuple perd patience. Cela dure trop longtemps, c’est trop incertain, on a l’impression de se périr dans le désert : on n’avance plus et le retour est impossible. Moïse, cet homme qui nous a fait monter d’Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. Et le peuple se fabrique une image de Dieu: puissante, rassurante, maniable. Un dieu selon ses goûts, un dieu selon ses besoins : tangible, manipulable, fascinant – le veau d’or.
L’idolâtrie renverse les rapports entre Dieu et les hommes : au lieu de se laisser recréer à la ressemble du Créateur, une créature lui impose sa propre forme. Pour le livre de l’Exode, le veau d’or devient une figure par excellence de péché : ce peuple que Dieu mène à la liberté se rend volontairement esclave d’une illusion, d’un néant, de l’œuvre de ses propres mains.
Cette tentation du veau d’or est la nôtre. Il ne s’agit pas simplement d’une richesse ou d’une volonté de puissance qu’il nous faut abandonner pour vivre selon la volonté du Dieu vivant. Il s’agit d’accepter cette longue attente au pied de la montagne ; il s’agit d’épouser cette incertitude et cette disponibilité qui n’accepte pas de se fabriquer un petit dieu commode, mais attend Dieu de Dieu.
Si nous voulons apprendre à prier, il nous faudra épouser une longue et patiente confrontation avec la durée, avec ce qui n’est pas sensible, avec ce qui n’est pas à notre goût. Là, Dieu façonnera notre cœur. Si nous voulons des sensations fortes et immédiates, le veau d’or dévorera notre prière.
Si nous cherchons un discernement, il nous faudra accepter qu’il n’y aura pas de réponse miracle, qu’il n’y aura pas de petit chemin pour court-circuiter un long et patient travail de réflexion, de recherche, d’écoute. Si nous cherchons une solution qui ne nous coûte rien, le veau d’or dévorera notre vocation.
Si nous voulons aimer quelqu’un, il nous faudra aimer aussi un effort d’ajustement permanent, une durée, un recommencement et un renoncement à la facilité. Ne pas fuir, ne pas forcer, se tenir disponible, accepter que l’autre ne se réduit pas à nos attentes, mais les dépasse. Sinon, un veau d’or dévorera notre amour.
Dieu seul peut nous donner Dieu. Si nous voulons nous en emparer, tout ce que notre main saisira seront les cendres du veau d’or qui anéantira notre vie spirituelle.

fr. Pavel Syssoev, op


Connexion | Plan du site | ©2013 Dominicains de Bordeaux