Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La tentation de la pureté
La grande tentation du catharisme que S. Dominique a eu à affronter est celle de la pureté : le monde gît dans le mal, il est même l’œuvre du Mauvais, il n’y a qu’un petit reste de purs, de parfaits qui gardent le trésor de la vraie vie spirituelle. Une soif ardente de la sainteté fait imperceptiblement glisser les cathares de la pureté vers le mépris. Le mépris du mariage, trop compromis avec le monde, mépris de l’Église, par trop incarnée, trop réelle, pas assez spirituelle, mépris de la société – tant de réalités englobées dans le même rejet.
Cette tentation de la pureté orgueilleuse nous guette, nous aussi. Telle situation familiale ou affective n’est pas juste ou bonne – il est si simple de couper les ponts. « Nous te parlerons quand tu changeras ». La vie politique, obligée de tenir compte des vues contradictoires, n’est pas assez pure à nos yeux – il est si simple de s’en retirer et de l’enfermer dans son mépris, comme si nous n’en étions pas des bénéficiaires. Telle faiblesse, telle carence, tel péché qui défigurent le visage de l’Église – il nous est si simple de les fustiger comme s’il s’agissait d’un corps qui nous est étranger, dont nous, les purs et les parfaits, sommes institués juges grâce à une secrète consécration qui nous mettrait à part.
Cette pureté-là, S. Dominique la rejette. Il est exigeant et pour lui, et pour les autres, mais il refuse l’évangélisation par le mépris. « Devenez purs et nous vous parlerons ». Non. Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Le Seigneur règne sur tout. Il est le Sauveur de tout. Il n’y a pas de réalité qui échapperait à sa seigneurie, qui serait méprisable, qu’on pourrait abandonner. Le Christ règne sur tout car il sauve tout. Tout ce qui est défiguré par le péché, tout ce qui enlaidi par le démon, tout ce qui est blessé par le mal – il le soigne, le relève, le sauve. Il l’aime. Sa seigneurie est universelle et son amour est universel.
De toutes les nations faites des disciples. Non pas un petit cercle de purs et de parfaits, mais un immense filet de miséricorde que Jésus avec les apôtres jette dans la mer de notre histoire pour tirer dans cette nasse mêlée les bons et les mauvais – tous – par sa miséricorde.
Alors, faudra-t-il bénir le mal et l’injustice, les accepter, les ignorer ? Nous faudra-t-il opposer à l’orgueil des purs une doctrine frelatée ? Rien de tel. Une autre leçon de S. Dominique : l’intégralité de la doctrine est la plénitude de la miséricorde. Apprenez-leur de garder tous les commandements que je vous ai donnés. Tous les commandements : le Seigneur nous donne sa vie en plénitude, il la destine à tous les hommes, il les mène vers sa perfection. Mais cette perfection n’est pas celle d’un mépris, mais celle du cœur compatissant. Du cœur de l’éducateur, patient et ferme, du cœur d’un père spirituel, qui ne se résigne pas à abandonner ceux qui ne seraient pas « assez bons », du cœur de prédicateur qui oppose à l’étroitesse des purs l’immense largesse de Dieu. Tout pouvoir au ciel et sur la terre, de toutes les nations, tous les commandements. De cela, nous sommes témoins. Et moi, dit le Christ, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

fr. Pavel Syssoev, op


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