Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Allez travailler à ma vigne! 

Et nous, passerons-nous notre année à rien faire ? Bras ballants, œil morne – oh, j’aimerais tant avancer dans ma vie chrétienne, mais comment faire ? « J’aimerais, je voudrais, il serait bien que » : la velléité se transformera-t-elle - enfin ! - en action ?

Aujourd’hui encore, le Maître crie sur nos places : Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?Allez vous aussi à ma vigne !

C’est le temps des récoltes et le temps des commencements. Les fruits de l’automne nous invitent à mesurer le chemin que nous avons parcouru. L’année liturgique va vers son terme : les lumières de Noël sont derrière nous, derrière nous la joyeuse austérité du Carême, la splendeur de Pâque, derrière nous l’éclat de Pentecôte et une longue marche des dimanches de temps ordinaire. Bientôt, la Toussaint, tout proche déjà le terme marqué par la solennité du Christ Roi. Quels sont les fruits de notre année ? N’avons-nous pas l’impression d’être restés là, sans rien faire ? Le soir du cycle liturgique nous trouvera-t-il oisifs, mains dans les poches, dans une triste pénombre de la place vide ? J’aimerais, je voudrais...

Temps des récoltes et temps des commencements. Allez vous aussi travailler à ma vigne ! Cette vigne de Dieu, c’est notre âme ; et cette vigne est notre monde.

Il est temps pour nous de cultiver notre cœur. J’aimerais prier ! Allons-y. Mettons un chapelet dans notre poche, pour qu’il soit notre respiration quotidienne. Fixons-nous le temps de prière silencieuse. Repérons une église sur notre parcours où nous entrerons pour adorer en silence quelques instants Celui qui est la Vigne véritable et dont nous sommes les sarments. Si notre âme est si desséchée, si peu chargée de fruits, où chercher la fécondité perdue, sinon auprès de Celui qui est la résurrection, et la vie, et la joie de notre cœur ?

Il est temps de cultiver notre intelligence. Osons prendre enfin un peu de lecture solide. Un bon livre de Ratzinger. Les écrits de grands saints. Nous avons une année devant nous – passons-la en compagnie de grande Thérèse ou de Jean de la Croix, d’Augustin ou de François de Sales. Cultivons le fond. Cessons de réagir aux petites querelles du moment, allons vers les racines. C’est du fond que jaillit la lumière. L’intimité avec les grands rendra notre vie intérieure large, spacieuse, belle.

Il est temps de cultiver notre histoire. Trop de pardons que nous n’avons pas demandés. Trop d’amitiés que nous n’avons pas honorées. Trop de souvenirs que nous n’avons pas pesés dans la sereine douceur de notre regard intérieur. Cultivons la présence de Dieu dans notre vie – nous sommes sa vigne. Donnons-nous les moyens de porter des fruits pour sa gloire.

Sa vigne, c’est aussi le monde. Inséparablement – le monde. Il est illusoire de penser que notre vie intérieure n’engage pas la création toute entière. Mon prochain est-il heureux ? Son bonheur, est-il en Dieu ? Que puis-je faire pour que ceux que Dieu m’a confiés grandissent en sainteté et donc en joie ? Que puis-je leur donner ? Posons-leur cette question ! Nous avons tant d’idées sur ce que nos proches devraient faire. Osons-leur demander ce qu’ils attendent de nous ! Dans leurs attentes retentit aussi la voix de notre Père : Mon enfant, maintenant va travailler à ma vigne !

 

C’est le temps des récoltes et le temps des commencements. C’est le temps de notre conversion. Ne restons pas là à rêvasser d’une vie plus spirituelle, plus chrétienne, plus vraie. Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu’il est proche ! Laissons là ces riens qui dévorent notre vie. Allons travailler dans la vigne du Seigneur. La vigne de notre âme. La vigne de notre monde. La vigne de notre joie.

fr. Pavel Syssoev, op


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