Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Jonas broie du noir !

 

Enfin Jonas a lâché le morceau ! Enfin il avoue pourquoi il s’est enfui à Tarsis loin de la face du Seigneur quand celui-ci lui a demandé d’aller à Ninive la grande ville païenne !
La vérité, la triste vérité, c’est qu’il n’a jamais pu, passez-moi l’expression, « piffrer » les ninivites. Quand ils se repentent et se tournent vers Dieu, Jonas, au lieu de s’en réjouir, s’exaspère et broie du noir. Quand il vit que Dieu pardonnait aux habitants de Ninive, Jonas trouva la chose très mauvaise et se mit en colère.
Jonas fait partie de ces hommes qui se croient meilleurs que les autres, de ces « purs » qui ne comprennent pas que Dieu puisse aimer des « impurs ». Il se met même à accuser Dieu d’être un papa-gâteau qui laisser tout passer. Je savais bien que tu es un Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Moins de miséricorde, plus de justice : tel est la pensée de Jonas. Telle est peut-être aussi la nôtre quelques fois. La miséricorde de Dieu à l’égard des païens décourage Jonas et le rend littéralement malade : Eh bien, Seigneur, prends ma vie ; mieux vaut pour moi mourir que vivre.
Jonas a un cœur étroit, un cœur maussade, toujours de mauvaise humeur quand les choses ne vont pas comme il le souhaite. C’est pourquoi il nous ressemble. Combien de fois, en effet, nous arrive-t-il de juger durement les personnes qui ne pensent pas et ne font pas comme nous, souhaitant moins au fond leur conversion que leur punition ? Au lieu d’avoir pitié de Ninive, au lieu de crier comme Jésus sur la croix, Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font, Jonas souhaite que la colère de Dieu s’abatte sur eux. Au lieu de rendre grâce à Dieu pour la conversion de cette grande ville, il se lamente et reproche à Dieu sa clémence !
Pauvre Jonas ! Pauvres chrétiens, aussi, qui enfermons bien trop souvent nos frères dans la prisons de nos jugements ! Heureusement pour eux et pour nous, Dieu voit les choses différemment de nous. Il a pitié de ces hommes et de ces femmes qui ne le connaissent pas comme il a pitié de ceux et celles qui croient le connaître. Dieu a pitié de Ninive. Il a pitié aussi de Jonas et de nous.

 

Pour ouvrir le cœur de Jonas à la misère de ses frères et l’aider à se réjouir de leur bonheur, il décide de le mettre à l’épreuve. Il fait pousser au-dessus de Jonas un petit arbuste qui le protège tout le jour du soleil accablant. Cette plante réjouit le cœur de Jonas et le délivre quelques heures de sa mauvaise humeur. Mais au matin Dieu fait mourir le ricin. Ce qui devait arriver, arrive. Jonas est frappé d’insolation et se met à regretter la mort de l’arbuste. Ce petit cœur tout sec incapable de s’inquiéter du sort d’une ville entière pleure la mort d’un arbuste insignifiant. Quelle pitié ! Mais n’est-ce pas ce qui nous arrive aussi bien souvent ? Notre cœur n’est-il pas prompt à s’émouvoir des petits malheurs qui peuvent nous toucher et bien sec devant celui des milliers d’êtres humains qui ne connaissent pas Dieu, de ces hommes et de ces femmes qui sont malheureusement incapables de distinguer encore leur droite de leur gauche ?

fr. David Perrin, op


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