Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Elève Jésus au tableau !

Les docteurs de la loi n’ont pas bonne presse dans l’Évangile, et le récit d’aujourd’hui ne va pas contribuer à les rendre plus sympathiques. Pourtant, ce sont des hommes qui méritent notre estime par leur attachement jaloux à la loi de Dieu et aux commandements qu’elle contient. Ils ont la garde des 613 commandements contenus dans le Pentateuque. Ils ont aussi une grande attention au saint des saints de la Loi : les 10 commandements contenus dans le livre de l’Exode que Dieu a donné à Moïse sur le mont Sinaï. Ils sont constamment mis en cause par Jésus qui leur reproche de charger les autres de fardeaux qu’ils ne veulent pas remuer du petit doigt ou même ils font de la loi un joug pour les autres. Aussi, ils vont passer à l’attaque. Notre docteur de la loi pose une question pour mettre Jésus à l’épreuve. Ils veulent lui clouer le bec en lui posant une question piégée. D’apparence anodine, la question du plus grand commandement a pour but d’embarrasser Jésus. Il doit pouvoir répondre en montrant non seulement qu’il connait la Loi, même s’il n’a pas étudié dans les écoles des légistes et qu’il maîtrise les questions disputées entre docteurs de la Loi, pharisiens et autres sadducéens. Elève Jésus au tableau !

Jésus ne se dérobe pas, et va même se payer le luxe d’une réponse claire et sans appel. Il va sans doute surprendre son interrogateur à plusieurs points de vue. D’abord, il répond en ne citant pas un des dix commandements du livre de l’Exode, mais en citant une phrase du Deutéronome et une phrase du Lévitique. Il ne donne pas un seul grand commandement, mais deux qui sont ordonnés nécessairement l’un à l’autre. Il dit que ces commandements résument non seulement ce que commande la Loi mais encore ce que les prophètes ont révélé. La Loi ensemble de prescription ne se comprend que par ce que les prophètes en ont dit, rappelant sans cesse à une mise en œuvre intérieure aux dépens de l’observance extérieure. Enfin, et peut-être surtout, Jésus cite deux commandements qui commencent tous les deux par « tu aimeras ». Il choisit de mettre d’emblée les commandements sous la motion de l’amour. Tu observeras les commandements en aimant ton Dieu et ton prochain. Aussi l’amour envers Dieu et le prochain, apparait comme le principe de lecture et de compréhension de la Loi de Dieu.

Quand on apprend à lire, une fois que l’on a compris le B A, Ba, on peut tout lire, le plus simple avis publicitaire à une page de philosophie. Quand on apprend à compter, une fois que l’on a compris que 1 + 1 = 2, on peut tout calculer, le nombre de bonbons que l’on a dans la poche aux comptes de plus complexes comme ceux d’une grande entreprise. Il en est de même avec ce que nous dit Jésus aujourd’hui. Si vous avez compris que les deux commandements de l’amour de Dieu et de l’amour prochain résume toute la Loi et les prophètes vous avez compris ce que Dieu attend de vous. Dans toutes vos actions, il est nécessaire d’abord d’aimer Dieu et d’aimer le prochain, puis ainsi sous cette lumière de mettre en œuvre la Loi et les commandements. La question de l’observance des commandements passe dans une autre dimension : à chaque précepte il faut se référer d’abord et toujours au principe de l’amour de Dieu et du prochain. A chaque acte de notre vie, il faut toujours les éclairer par ces deux lumières de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain. Pour savoir, si je suis dans la juste pratique de la Loi de Dieu, il suffit que je sache que ce que je fais est conforme à l’amour de Dieu et à l’amour du prochain. Ainsi Jésus dépasse la question de notre docteur. D’ailleurs, Jésus a aussi mis en œuvre par toute sa vie ce double précepte de l’amour de Dieu et du prochain. Tout ce qu’il fait, rend gloire à Dieu et sert ses frères les hommes. Au plus haut point dans sa Passion, il s’offre à son Père pour les hommes ses frères. C’est pourquoi, la veille de sa Passion, il donne une nouvelle formulation des commandements. Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Il nous donne cette nouvelle lumière. Nous aimons à l’imitation de Jésus et dans la force de son Esprit d’amour.

 

On ne sait pas la fin de notre histoire, si le docteur de la loi est reparti tout triste comme le jeune homme riche. J’aime à penser que cet homme si versé dans la connaissance de la Loi de Dieu n’ait pu rester insensible à la force et à la finesse de la réponse de Jésus, et qu’il est reparti en méditant la réponse de Jésus. Et mieux, même en la mettant en pratique.

fr. Loïc-Marie Le Bot, op


Connexion | Plan du site | ©2013 Dominicains de Bordeaux