Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Sermon pour la première profession religieuse du fr. Jourdain-Marie

Le 1 novembre 2017, couvent de Marseille

Heureux ceux qui font profession le jour de la Toussaint ! ils sont appelés à être des saints !” peut-être même condamnés à être des saints !

Cher frère Jourdain Marie,

Il n’est pas habituel de faire profession le jour de la Toussaint. Par les mystérieux desseins de la providence, c’est en ce jour que tu es convoqué par le Seigneur et par l’Ordre pour émettre ta première profession. C’est sans doute un signe pour toi et pour nous. [Non que tu sois déjà un petit saint et la profession n’est pas une canonisation]. En effet, la profession des conseils évangéliques t’engage d’une manière particulière sur la route de la sainteté, et elle t’y engage avec les frères de l’Ordre des prêcheurs. Saisissions la chance de cette profession en ce jour pour voir le lien entre la sainteté et la vie dominicaine. Mener la vie religieuse et chercher la sainteté ont peut-être quelque chose à voir ! Nous rappeler cela serait déjà suffisant pour faire notre joie. En regardant le calendrier liturgique ou en lisant le martyrologe romain, ou même en établissant les statistiques depuis les origines de l’Église, il est facile de remarquer que les religieux et les religieuses, sont la majorité des bienheureux et les saints. On pourrait y trouver beaucoup d’explications !

On pourrait simplement répondre que les ordres et les congrégations ont des moyens, y compris des moyens financiers pour soutenir jusqu’à ce son terme le processus de canonisation. Les religieux et religieuses aimeraient bien faire reconnaître leur fondateur, pour commencer, puis quelques autres membres comme particulièrement dignes de la gloire des autels. Il peut y avoir aussi un attachement naturel des familles religieuses à mettre en avant leur fondateur et leurs membres pour montrer au peuple chrétien, aux autorités de l’Église ou même aux autres instituts, combien leur charisme est fécond, riche de potentialité, combien leur gouvernement est efficace, combien leurs œuvres sont bénéfiques à tous. Il y aurait quelque vanité là dessous. Bref, les bienheureux seraient à réduire au niveau d’un produit de publicité d’une belle marque de fabrique.

On pourrait simplement aussi répondre que les ordres religieux ont mémoire plus développée que les autres groupes de l’Église comme des fidèles toujours un peu éparpillés. Les religieux cultivent la mémoire de leurs anciens, de leurs mérites et ont à ur que ces souvenirs soient partagés le plus largement possible.

On pourrait répondre qu’il ne faut pas être surpris que l’Église veuille exalter ceux qui se sont entièrement voués à la mission ou à la prière. Ceci est juste et bon. Les religieux sont comme les soldats ou les militants de l’Église qui reçoivent leur juste rémunération pour leurs peines. Ici on a fait un pas de plus, puisqu’on fait bien le lien entre le service de l’Église et la sainteté !

Toutefois, ces raisons ne rendent pas compte de quelque chose de plus fondamental qui permette de voir mieux le lien entre la profession religieuse et la sainteté. Il faut rechercher la raison même de la vie religieuse, et pas seulement une explication sociologique ou historique. Cherchons la vraie finalité de cet état de vie.

Le Seigneur nous donne la vie religieuse comme une vie qui se veut de plus grande proximité avec lui, lui, la source de toute sainteté.

En reprenant, la vie religieuse dans son principe premier, nous voyons qu’elle est d’abord une vie qui veut s’enraciner dans le Christ, qui veut imiter sa vie consacrée au Père, qui veut le suivre dans la prière, dans la prédication du Royaume des Cieux et dans sa vie donnée à ses frères. En un mot, la vie religieuse peut se voir comme une école, une école de sainteté, et peut-être la meilleure, en tant qu’elle est une école exigeante. A cette école, le Seigneur Jésus est le maître. Avec lui, nous apprenons de son enseignement et de son exemple. Ainsi, nous sommes instruits par lui et nous voulons l’imiter. Jésus choisit aussi ses élèves et il ne choisit pas seulement les meilleurs aux yeux du monde, et même au contraire, il a une prédilection pour les mauvais élèves. “Je ne suis pas venu pour appeler les justes mais les pécheurs”. Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin mais bien les malades (Mt 9). Il vient les appeler pour être avec lui et les rendre meilleurs, en faire des bienheureux et des saints. C’est ce qu’il a fait pour toi, cher frère.

Aujourd’hui, Jésus nous donne la leçon inaugurale de la vie de la sainteté : les béatitudes. Quand il inaugure sa prédication publique, Jésus nous donne une vision de la perfection à laquelle il nous appelle et que sa grâce, son Esprit de sainteté, veut nous communiquer. C’est une perfection qui conduit au bonheur en assumant des attitudes souvent contraires à l’esprit du monde.

La profession religieuse se concentre sur les conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, mais elle vise à se déployer dans les béatitudes : heureux les pauvres de cœurs, heureux les cœurs purs, heureux les doux ... Quelle consonance de ces trois béatitudes avec les conseils évangéliques. La pauvreté de cœur, soutient la pauvreté, la douceur favorise l’obéissance, la pureté du cœur nourrit la chasteté. La vie religieuse entend bien imiter le Christ qui le premier à mettre en œuvre sous nos yeux les béatitudes. La vie religieuse se mène aussi avec des frères, les béatitudes nous y rendent plus aptes et plus capables d’en tirer profit : heureux les artisans de paix, heureux les assoiffés de justice, heureux les miséricordieux ... la paix, la justice, la miséricorde voilà les béatitudes que Jésus nous donne pour mener la vie fraternelle. La miséricorde permet d’accepter et de pardonner aux frères, la justice nous permet de rendre à chacun ce qu’on lui doit et en premier lieu à Dieu puis à nos frères, la paix nous est donnée comme finalité à rejoindre, et critère de la qualité de notre investissement fraternel.

Cher frère, tu reçois aujourd’hui au jour de ta profession ces béatitudes comme un présent du Christ, peut-être comme une confidence qu’il t’adresse, en tout cas comme une provision pour la route de sainteté qui t’attend. Avec toi, c’est l’ensemble des frères qui reçoivent les béatitudes pour vivre ensemble et devenir ensemble des saints. Ces béatitudes nous sont données comme grâce imprégnant toute notre vie personnelle et fraternelle qui nourrissent notre chemin. Plus encore, les béatitudes colorent notre prédication si nous voulons conduire les autres à la sainteté. Avec nous, c’est toute l’Église, toute notre assemblée, qui reçoit les béatitudes pour progresser sans cesse vers la sainteté.

 

 

Heureux ceux qui suivent le Seigneur, ils deviendront des saints !

fr. Loïc-Marie Le Bot, op


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