Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

S. Albert le Grand,

maître de contemplation

 

« Entre dans la joie de ton maître »
Quoi de plus albertin que de commencer par la fin ! Elle donne l'intelligence profonde d'une pensée, d'un auteur, d'Albert. Car c'est la finalité, en bonne fidélité aristotélicienne, qui commande le chemin pavé des talents que Dieu nous a concédé comme marches de croissance.
La fin ? C'est voir la béatitude ! Dans son commentaire de St Luc, S. Albert distingue la béatitude morale et active (ce que nous réalisons), et la béatitude de notre esprit, spéculative ou contemplative.
D'un côté, les talents que mobilise la vertu de prudence et ordonne toute notre vie active en vue de la réalisation des biens ou du bien : la richesse, les dons, amitiés et honneurs, fortune et infortune sont pour Albert en vue de la perfection d'une vie chrétienne qui appelle que nous les ordonnions et parfois dépassions dans une offrande de charité qui tend à la sainteté de notre vie.
Mais il y a une 2e béatitude, étrange pour notre sensibilité délavée de critique moderne et de désespérance sur les forces de l'intelligence, c'est ce qu'Albert nomme la béatitude contemplative. « Entre dans la joie de ton maître » « la contemplation des choses les plus admirables, les plus pures et les plus certaines; sans contraintes et sans obstacle... selon la seule vision intellectuelle, sans rien devoir au continu, ni au temps ni à l’imagination, ni aux sens, qui entraînent avec eux les illusions... » C'est pour lui, comme pour Thomas celle des réalités les plus hautes, au-dessus desquelles il n’en est pas d’autres. Elles sont très pures, car elles n’ont rien de commun avec la matière ou les choses matérielles »
Et pour Albert cette joie pure, qui accomplit pleinement les talents que nous portons, nous rapproche spécialement de Dieu car :
- elle réalise notre nature d'image de Dieu gravé dans notre nature par le Créateur
- elle n'est possible qu'en prenant comme objet les réalités même de Dieu
- elle fait usage de la vie participative et divinisante de la grâce en nous, accueil de la vie trinitaire elle-même
Alors candeur ou illusion ? C'est cette voie unique que trace Albert, Thomas, les assoiffés de sagesse divine les plus hauts qui inaugure, prouve et dresse la carte comme des explorateurs précurseurs de terre inconnue que nous nous ignorons faute de les avoir foulé des pieds de nos talents personnels.
Dans un autre commentaire sur l'Apocalypse, Albert montre que cette béatitude de l'âme ultimement rejoindra la première béatitude active dont nous avons parlé.
Il a ces mots marquant sur ces talents mystérieux qui nous seront remis dans la gloire du Ciel. “À celui qui vaincra, je donnerai la manne cachée” c’est-à-dire la gloire de l’âme et “je lui donnerai un caillou blanc” c’est-à-dire la gloire corporelle. Pour S Albert, ce caillou blanc signifie très justement la gloire corporelle : sa blancheur en symbolise l’éclat; sa dureté, l’impassibilité; sa petitesse, la sublimité; sa rondeur, l’agilité. Et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, c’est-à-dire que le corps connaît une nouvelle obédience de la chair à l'esprit, qui auparavant n’existait pas. Sur ce caillou, c’est-à-dire sur le corps, est écrit un nom nouveau, le nom de fils et non plus de serviteur, qui était le nom ancien. « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais je vous ai appelés amis » (S. Jean, xv).
Alors, laissons se réaliser les prémices de cette marque de l'Esprit en nous. Avec confiance, risquons nos talents à la suite d'Albert le Grand, dans une activité sainte qui nous fait sortir pour nos frères et dans une contemplation pure qui nous fait rentrer en nous pour y accueillir la lumière. Selon les mots d'une prière magnifique d'Albert, nous pourrons ainsi dire :

 

Faites-nous, Seigneur, entrer par l'étude de la contemplation, sortir par l’exercice du bien, entrer par l’oraison secrète, sortir par l’exemple des bonnes œuvres, entrer et nous cacher par l'humilité, sortir et nous manifester dans la nécessité, entrer par l’observation des commandements, sortir par la pratique surérogatoire des conseils; et donnez-nous en pâture le miel de votre divinité, le lait de votre humanité; ouvrez ainsi la porte de la vérité à l’esprit droit, de la justice à celui qui agit bien.

fr. Dominique-Raphaël Kling, op


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