Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Serviteurs inutiles
et en même temps, utiles !
Le troisième serviteur de la parabole en prend pour son grade. Nous n’aimerions pas être à sa place. Il se voit jeter dehors manu militari après avoir été traité de tous les noms : « serviteur mauvais », « paresseux » et « bon à rien ». Ce dernier qualificatif - « bon à rien », particulièrement infamant, peut aussi être traduit par « inutile ». Ce serviteur qui n’a rien fait de son talent, si ce n’est de l’enterrer, est un serviteur inutile. Cette expression n’est pas sans nous rappeler la finale d’un autre passage des Evangiles : « lorsque vous aurez fait tout ce qui vous été prescrit, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire ». (Lc 17, 10). Dans la bouche de Jésus qui s’adresse à ses disciples, être des « serviteurs inutiles » n’a rien de déshonorant. Il leur donne une leçon d’humilité. Quelque soit le rang prestigieux qu’il occupe ou l’importance de la mission qui lui est confiée, le disciple doit se rappeler qu’il n’est qu’un simple serviteur des projets de Dieu. Il n’y a pas à en tirer orgueil. Qu’il se le dise, qu’il se le répète en boucle, si nécessaire !
En qualifiant de « bon à rien » ou « d’inutile » le serviteur mauvais et paresseux, Jésus, par la voix du maître distributeur de talents, ne fait pas d’abord l’éloge de l’humilité. Son enseignement porte sur un autre point. En effet, le maître aurait aimé que le troisième homme soit un serviteur utile. Sinon, il ne lui aurait pas reproché d’être inutile, en toute bonne logique. Il aurait souhaité pouvoir le féliciter de la sorte : « Bon, actif et utile serviteur, entre dans la joie de ton Seigneur ! » Une des leçons de l’Evangile de ce jour touche donc à la question de l’utilité dans le service de Dieu. Bien que serviteurs inutiles, nous avons toute de même quelqu’utilité !
Cet apparent paradoxe nous invite aussi à reconsidérer notre vision de l’action de Dieu dans le monde et particulièrement son action providentielle. Bien souvent, notre conception de la providence divine n’est pas assez chrétienne. Nous attendons que Dieu nous parle directement, sans intermédiaire. Nous aimerions qu’il prenne le gouvernail de notre vie. Nous rêvons d’un Dieu qui agisse tout de suite, d’un Dieu qui agisse à notre place. Or, la parabole des talents nous enseigne le contraire. Le Seigneur, sous la figure du maître, s’en va et laisse en gérance à ses serviteurs des biens considérables. Oui, Dieu nous confie la marche des affaires du monde et la conduite de notre vie.
Dieu n’agit pas seul. Il aime à s’associer le concours des hommes pour réaliser son dessein bienveillant, c’est-à-dire son projet d’amour pour la création. Dieu fait de nous ses proches collaborateurs, ses ministres ou, pour reprendre l’expression évangéliques, ses serviteurs. Il nous confie des talents à faire fructifier. On pourrait dire aussi qu’il nous confie des missions de la plus haute importance. Dieu pourrait de lui-même leur faire porter du fruit. Dieu n’a pas besoin de nous pour exercer sa puissance. S’il nous demande de coopérer à son oeuvre, « ce n’est pas là un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la bonté du Dieu Tout-puissant » (Catéchisme n° 306).
Dieu attend donc de nous d’être des serviteurs utiles, des hommes responsables qui prennent part à la bonne marche du monde mais aussi à son oeuvre salut. Si nul d’entre nous ne témoigne du Christ et son Evangile, et bien le Christ ne sera pas annoncer. Si Dieu nous confie les reines, il n’est pourtant pas inactif ou « aux abonnés absents ». La parabole des talents laisserait croire que le Seigneur se retirerait de la partie pour ne revenir qu’à la fin des temps afin de compter les points. Dieu confie des talents à ses serviteurs mais « à chacun selon ses capacités ». D’où viennent-elles ses capacités ? De nous, sans doute mais de Dieu surtout. Quand nous agissons, Dieu oeuvre à l’intime de nous-même. Dieu n’est jamais absent, « Car, comme le dit saint Paul aux Philippiens, c’est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins » (Ph 2, 13). Dans notre inutilité foncière, Dieu fait de nous des serviteurs utiles. Et nous pouvons être humblement fiers de travailler au côté d’un si bon maître.

fr. Sébastien Perdrix, op


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