Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Comme au cinéma ?
Et si l’année liturgique, frères et sœurs, était une sorte de film qu’on repasserait toujours en boucle ?
Aujourd’hui, l’Église nous passe le finale triomphant, grandiose, tant attendu de l’histoire : le Christ, Roi de l’univers, siégeant sur son trône de gloire, à la fin des temps. Puis demain, allez, c’est reparti, on remonte la bobine ! Retour à Nazareth. Travelling sur Joseph poussant la porte de sa maison. Gros plan sur la Vierge Marie, enceinte, le visage rayonnant de bonheur !
La vie de Jésus défilerait ainsi devant nos yeux chaque année, inlassablement répétée, suscitant en nous les mêmes réactions, les mêmes émotions. Au début, l’Avent : l’attente, le suspens. Puis Noël : la séquence émotion, l’attendrissement devant la sainte famille. Jésus, bébé, dort paisiblement dans son berceau. Ensuite, le baptême : premier rebondissement de l’histoire, manifestation aussi inattendue qu’époustouflante de la sainte Trinité. Et nous irions ainsi, de dimanche en dimanche, d’épisodes en épisodes, poussant chaque année les mêmes « ah », « oh », « ha », « hourrah », pleurant, frissonnant, exultant jusqu’à la solennité du Christ-Roi, l’happy end final (du moins pour certains) !
Sommes-nous donc, frères et sœurs, en train d’assister en cette fin d’année liturgique au dernier épisode de la deux mille dix-septième projection historique du film La vie de Jésus avant de passer la semaine prochaine, premier dimanche de l’Avent, à la deux mille dix-huitième projection ?
Évidemment non ! Nous ne sommes pas au cinéma. Nous ne repassons pas inlassablement à la messe notre film préféré, notre histoire favorite. La phrase qu’on peut lire sur les écrans : « Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite » n’a pas cours dans une église. Ici, tout ce qui est raconté, tout ce qui est montré, tout ce qui est dit, s’est réellement passé.
La liturgie n’est pas un film de fiction. Ce n’est pas non plus un documentaire ! Nous ne fêtons pas nostalgiquement des événements passés, définitivement révolus. Les événements que nous célébrons sont toujours actuels. Ne pensez pas cependant qu’ils se répètent ! Le Christ ne renaît pas chaque 24 décembre. Il ne meure pas et ne ressuscite pas chaque année début avril. Les événements de la vie de Jésus ne se répètent pas mais ils ont un retentissement dans l’histoire qui ira toujours grandissant. Leurs effets perdurent dans le temps. Ils nous atteignent et nous rejoignent. Impossible donc de regarder ces événements comme des spectateurs bien assis dans des fauteuils de cinéma. La nativité, le baptême, la Cène, la passion, la résurrection de Jésus crèvent l’écran !
Nous sommes liés, reliés à ces mystères au plus intime de notre être car c’est par eux que le Christ a mérité notre salut, par eux que nous sommes aujourd’hui sauvés. De la nativité, du baptême, du combat au désert, de la montée à Jérusalem, de la passion et de la résurrection du Christ découle la grâce qui nous sauve. Chaque année, ces mystères nous projettent et nous transfèrent un peu plus dans le Royaume du Père.
L’année liturgique qui se finit aujourd’hui n’est donc pas la répétition du même mais la continuation de l’unique salut accompli une fois pour toutes par Jésus Christ. Tout ce que Jésus a vécu, tout ce que Jésus a fait, tout ce que Jésus a dit se prolonge dans notre vie, dans notre histoire, dans notre âme et notre chair.
Chaque année, nous venons puiser dans ces mystères des forces pour courir la bonne course et remporter la victoire. Ce jour, ce but, cette victoire nous sont dévoilés aujourd’hui. Nous entrevoyons en cette solennité le visage du Christ Roi, du bon pasteur qui nous attend dans sa gloire. Jésus nous révèle que chaque acte bon que nous poserons pour lui, par lui, avec lui et en lui, nous ouvrira les portes de son Royaume. Aujourd’hui, apparaît à l’horizon de l’Histoire le Seigneur qui, depuis le commencement du monde, conduit progressivement toute chose à sa fin. Nous voyons la fin de ce monde qui passe et la venue du Royaume de Dieu qui, lui, ne passera pas.

fr. David Perrin, op


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