Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Veilleur, où en est la nuit ?

Veilleur, où en est la nuit ? Toi qui te tiens éveillé dans le monde plongé dans le sommeil, dis-nous ce que tu vois ! Où en est la nuit ? Dans ses débuts, à son comble, tout près de l’aurore ? Veilleur, où en est la nuit ?
Le chrétien dans ce monde se dresse, tel un veilleur. Il a reçu la mission si particulière, ce commandement qui le met à part – veiller. Ne pas se laisser aveugler par l’immédiat, par ce qui est trop proche, par ce qui ne fait que disparaître. La foi élève son regard, lui ouvre un horizon d’une largesse sans fin, et le chrétien scrute dans la nuit si le Seigneur vient.
Certes, il a sa part parmi les tâches des hommes. La maison à tenir, la vie à construire, le prochain à aider. Mais dans cette multiplicité des occupations, il ne se laisse pas bercer comme si ces travaux immédiats constituaient toute sa vie. Le chrétien sait que dans les épaisseurs du quotidien couve et grandit le mystère de la vie éternelle. Il en scrute les signes, tel un veilleur dans la nuit, telle une femme qui attend un enfant.
Alors, veilleur, où en est la nuit ? Dis-nous si la lumière vient !
Cette lumière est derrière nous, elle nous précède dans l’histoire. En effet, deux mille ans nous séparent de la venue du Verbe dans notre chair, de sa naissance à Bethléem. L’étoile de la Nativité projette sa lumière des profondeurs du temps. Il est vital pour nous de ne pas la perdre de vue, de ne pas prendre pour la lumière de Noël autre chose. Il nous faut veiller pour ne pas courir derrière des faux éclats, en oubliant cette lumière unique. Nous allons nous plonger dans la préparation des fêtes. Les villes ont déjà sorti leurs illuminations. Les commerçants font déjà les pronostics des chiffres d’affaire. Le tumulte de Noël commence à s’élever. Ne perdons pas de vue une vraie étoile de Noël ! Si nous voulons voir sa lumière, belle et pure, veillons à ce que notre cœur ne s’alourdisse pas dans la consommation, les cadeaux et la nourriture. Veillons, et pour cela purifions notre âme par les demandes de pardons. Veillons, et pour cela cherchons dans notre entourage un pauvre, un faible, un nécessiteux à secourir. Veillons, et pour cela donnons du temps à la prière, à la lecture de la Bible. Alors cette lumière qui semblait être derrière nous éclairera notre présent. Le Seigneur viendra partager notre vie. Il ne sera pas un vague souvenir, il sera notre ami et notre confident. Ces deux milles ans sont rien pour la lumière de sa charité.
Veilleur, où en est la nuit ? Cette lumière, elle est devant nous. Le Seigneur viendra pour juger les vivants et les morts. Il viendra dans sa gloire rendre à chacun selon ses œuvres. Sa venue est notre espérance, notre joie, notre bonheur. Son jugement mettra fin à tout ce qui est mensonger, à l’orgueil des puissants, à l’hypocrisie des grands, à la bassesse des petits tyrans. Les innocents ne souffriront plus. Les pauvres ne seront plus écrasés. Nul ne sera plus torturé ou mis à mort parce qu’il est chrétien ou parce qu’il agit selon sa conscience. La venue de notre Juge nous est une immense joie et une immense consolation, si seulement nous veillons dans la nuit de ce monde.
Il est vrai que notre propre cœur est partagé. Nous aimons Dieu, mais surtout nous nous aimons nous-mêmes. Nous désirons la sainteté, mais à condition que cela ne nous coûte rien. On aimerait être tout à Dieu, mais si cela ne nous demande pas de tout quitter. Et Dieu est patient avec nous. Il nous attire. Il nous apprivoise. Il se laisse connaître de mieux en mieux. Il vient, il revient sans cesse. Dans l’Eucharistie, il vient vers nous. Dans le sacrement de confession, il nous guérit. Par sa parole, il nous éclaire. Par des innombrables touches de sa grâce, il nous travaille, tel un potier qui forme l’argile. Là, où nous sommes errants, comme les feuilles mortes, il nous unifie. Là où nous nous perdons, tel un troupeau sans berger, il nous ramène. Dans la nuit de notre monde, il n’est pas le Dieu d’un vague passé, ni d’un avenir incertain, il est le Dieu de l’éternel présent.

 

Veilleur, où en est la nuit ? Si tu veille, ta nuit ne sera que lumière. Ton passé ne sera que lumière, car il est tout porté, tout racheté par le Seigneur qui est déjà venu, qui est déjà mort pour nous, qui est déjà ressuscité pour nous. Ton avenir n’est que lumière, car celui qui t’a aimé et s’est livré pour toi viendra juger les vivants et les morts. Ton présent n’est que lumière, car voici je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Veilleur, où en est la nuit ? La nuit, comme le jour, illumine.

fr. Pavel Syssoev, op


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