Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Ô Nuit que les prophètes ont espérée pendant des siècles ! Ô Nuit à jamais célébrée par l’Église ! En tout lieu et jusqu’à la fin des temps, les hommes se rassembleront pour fêter cette Nuit unique où une femme a accouché d’un Dieu, où vint au monde le Créateur du monde.
Nuit glorieuse de la naissance de Jésus Christ, année 0 du temps ! Ô Nuit qui scinda en deux le temps : temps de l’avant Jésus-Christ, temps de l’après Jésus-Christ. Moïse avait séparé les eaux de la Mer rouge pour faire passer Israël en son milieu, le Fils de Dieu, cette nuit-là, divisa le cours du temps en deux. Ô Nuit où l’Éternel est entré dans le temps, où le Maître de l’histoire est entré dans l’histoire, où l’Invisible s’est rendu visible. Nuit incomparable, dévoile-nous ton mystère, redis-nous une fois encore ce que tu as vu !
« C’était à Bethléem, dit la Nuit, en terre de Juda. Sur cette partie du globe, j’avais jeté mon manteau et allumé les étoiles, attisant de plus belle comme on attise une flamme, celle que suivaient les rois-mages. Juifs, Grecs et Romains ignoraient tout de ce qui allait arriver ce soir-là. La terre effectuait sa ronde autour du soleil. La lune, au fil des heures, évoluait dans le ciel et les constellations se déplaçaient sous le regard des bergers qui veillaient. La terre endormie faisait silence. Mais le Ciel, lui, frémissait d’impatience, d’heure en heure, de minute en minute, à l’approche de l’événement. Les anges se bousculaient à la porte des cieux, prêts à fondre sur la terre.
J’attendais, moi aussi, l’instant de la naissance, l’heure de la délivrance, quand je vis soudain la gloire du Seigneur, apparaître sur les collines et des anges, par milliers, déferler, invisibles, sur la terre. C’est comme si le Ciel tout entier se renversait et basculait pour voir la merveille, adorer l’enfant-Dieu, le Verbe fait chair. Un flot ininterrompu de lumière descendait sur Bethléem : échelle grandiose de Jacob, colonne de nuée qui fit tressaillir l’univers d’allégresse.
C’est là, dans le creux de la terre, une de ces innombrables grottes en Israël qui sert de refuge, de remise ou d’enclos à moutons, qu’il plut au Sauveur de naître. Grain de blé enfoui dans le sol, Pain de Vie descendu du ciel et présenté dans une mangeoire... Le nouveau-né, enveloppé de langes, était couché dans la crèche et dormait à poings fermés. Quand les bergers poussèrent la porte, c’est ainsi qu’ils le trouvèrent. Ils firent connaître à Joseph et Marie ce qui leur avait été dit de l’enfant puis ils s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu.
Déjà, de l’autre côté du ciel, un jour nouveau commençait à poindre. Mais je savais qu’une lumière nouvelle, plus resplendissante que le soleil, s’était levée sur la terre, une lumière qu’aucune ténèbre ne pourrait arrêter, une lumière qui transpercerait les cœurs, une lumière que nul ne pourrait éteindre. Alors, moi la Nuit, je vins à mon tour près de la crèche. Je me mis à genoux devant Celui qui me créa au premier jour du monde. Et les larmes de joie que j’ai versées ce matin-là jamais ne firent sur la terre plus belle rosée. »

fr. David Perrin, op


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