Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Pour le monde, aveuglé par ses artifices, qu’on aime bien d’ailleurs parce qu’ils décorent nos villes et donnent un air de fête, ces trois-là, Jésus, Marie, Joseph, quoique sortant complètement de l’ordinaire, c’est la famille Epinal. Vous connaissez la famille Epinal ? Elle fait partie du décor qui tapisse notre enfance et constitue notre héritage. Elle est souvent en statues de plâtre, ou de papier, pas très chères, aux jolies couleurs d’avant. Ces trois-là ne feraient pas de mal à une mouche, les contes en font foi, même les mouches qui tournaient autour de leur âne monté. Parfois, cependant, on les fait déloger de quelque mairie : c’est récent, mais ils gêneraient notre laïcité.  
   Jésus, Marie, Joseph, mais que fait-on de vous ! Si le monde savait ce qu’il en est ! Pas du tout un couple-tarte pour magazine, mais pas du tout alors. Une jeune femme qui a dit oui à l’ange sans tout saisir, bien dépassée par l’insurpassable, et qui va toute sa vie chercher à comprendre ce qui lui arrive en écoutant son fils prêcher, et qui saisira beaucoup de choses avant tous les apôtres. Une jeune femme qui devra affronter les divisions de sa propre famille au sujet de son fils, les rumeurs indécentes, qui devra affronter l’innommable, le supplice de son chéri sur une croix infâme, et qui se tiendra debout, là, au pied, déchirée, ô combien, mais pas divisée.
   Un homme, dépassé aussi par les événements surnaturels, qui obéit à l’ange comme un Moïse guidant son peuple. Un juste qui a compris que lui l’hébreu de père en fils est marié avec une femme qui porte le Saint venu d’Adonaï dans son ventre. Il l’aura entourée de la dévotion qu’avaient les siens pour l’arche d’alliance. Il lui aura caressé le ventre en douceur, et il aura de mieux en mieux saisi que c’est l’Enfant qui est leur grand trait d’union, leur commune attente, la lumière de leur amour unique, et l’Amour en personne comme on n’aurait jamais osé y penser. Un bébé venu au monde, poursuivi pour ce qu’il n’est pas, le roi d’un royaume terrestre, qui provoquera la chute des uns et le relèvement des autres, un homme mystérieux sur lequel les disciples se méprendront jusqu’à la fin, avant de saisir que son royaume n’est pas de ce monde, bien que sa vérité nous illumine déjà pour que nous vivions d’elle. Ces trois-là sont sur cette terre notre petite trinité, où se reflète avec une pureté inaperçue quelque chose de la sainte Trinité.
   Jésus, Marie, Joseph, mais où avons-nous la tête ? Nous créchons dans une drôle d’ignorance, dans une omission qui fait mal au cœur, par des pensées de bazar qui nous font prendre les vessies pour des lanternes, le bonheur d’ici pour le seul et unique à rechercher avant qu’il soit trop tard. Le bonheur serait-il ce pompon rouge, vous savez, que les enfants décrochent et qui ont droit à un tour de plus. Pauvre petit tour, et puis s’en va. Tout est si bref en ce monde dont la figure passe. Tandis que la joie du Christ, elle, il l’a dit avant d’affronter l’horreur, nul ne peut nous la ravir. Elle fait naître d’En-Haut et entrer dans le mystère lumineux de l’éternelle enfance de Dieu.

fr. Guy Touton, op


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