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En quête de Dieu - Epiphanie 2018
Les mages sont à l’âme chrétienne ce que le soleil est au moral des Bordelais... Quand ils apparaissent enfin, ils nous font du bien ! Devant le spectacle tragique et morose d’une Europe qui se déchristianise, les mages viennent nous mettre du baume au coeur. Et je ne parle pas seulement des mages venus adorer l’Enfant-Dieu mais surtout de ces mages « en chair et en os » que nos côtoyons ici. A Saint-Paul, nous avons en effet la grâce d’accueillir chaque année des catéchumènes. Comme les mages de l’Evangile, ils se sont mis en marche vers le Christ. Et leur seule présence à nos côtés est une vraie cause de joie. Ils sont la preuve vivante et tangible qu’il y a encore des hommes et des femmes en quête de Dieu. Merci, chers catéchumènes d’être, pour les chrétiens à l’espérance un peu lessivée par l’apostasie de masse, ce petit rayon de soleil qui fait du bien !
Nos mages des temps modernes ont ceci de commun avec les mages de nos crèches de ne pas tourner en rond. Nos mages ont déjà un petite idée de la destination où ils veulent se rendre. Savoir où l’on veut aller est le préalable à tout voyage. On ne part jamais vers nulle part. Essayez de vous mettre en route sans avoir une destination en tête, et au premier rond-point, je vous garantis que vous n’irez pas bien loin. Vous aurez peut-être l’impression d’être en mouvement en tournant sans fin en rond, mais au final, vous n’aurez fait que du surplace.
Les mages n’ont donc pas suivi une étoile sans avoir la moindre idée de ce qu’ils cherchaient. Ils ne sont pas partis à l’aventure un bon matin. Ils sont partis avec le projet bien arrêté de trouver un enfant-roi : « Où est le roi des juifs qui vient de naître ? ». Et ils trouvèrent de fait un enfant, certes un enfant possédant la royauté infiniment au-delà de ce qu’ils pouvaient imaginer. Nos catéchumènes ne se sont pas retrouvés dans notre église au hasard d’une promenade, un jour de pluie. Ce qui les a mis en route vers le baptême, c’est le désir de Dieu. Sans ce désir de le connaître en vérité, ils auraient pu continuer à mener une « existence en rond », affairés à ne rien faire, une vie sans but véritable.
Les mages de l’Evangile et les catéchumènes témoignent de ce désir inné de Dieu qui habite le coeur de tout homme. Il y a en chacun de nous une inquiétude native si bien que notre coeur est sans repos tant qu’il n’a pas trouvé Dieu. Nous sommes ainsi faits, ainsi créés, que la recherche de la vérité des choses et par dessus-tout de Dieu est inscrite dans notre nature. Nous sommes faits pour Dieu. En tout homme sommeille un chercheur de Dieu. Et Dieu n’est jamais loin pour celui qui se met en quête. Ainsi que nous le témoigne l’expérience spirituelle de saint Augustin, il faut savoir revenir à soi-même pour entrer au fond de son coeur et retrouver la trace de Dieu.
Cependant, l’introspection ou la recherche humaine de la vérité dans la contemplation de l’ordre de choses ne sauraient suffire pour rencontrer le Dieu vivant. La sagesse des mages les a conduit à Jérusalem où ils espéraient raisonnablement trouver un roi, mais il leur a fallu le secours des Ecritures pour arriver au but, à Bethléem. Si les grands prêtres et les scribes ne les avaient pas instruits des prophéties, les mages seraient toujours en train de tourner en rond, si près du but. Si l’inquiétude du coeur est assez puissante pour lancer un homme dans un pèlerinage intérieur, il est nécessaire que cette quête soit, à un moment ou un autre, illuminée par la plénitude de la Révélation. Bien sûr, c’est déjà une grâce qui a mis en marche un homme vers Dieu, mais nul ne peut connaître Dieu en vérité sans qu’il ne se révèle à lui. C’est le Fils unique, plein de grâce et de vérité, lui qui vient du Père qui seul peut nous conduire à destination.
A nous qui avons le désir de voir les hommes revenir à Dieu, l’exemple des mages nous montre l’enjeu d’appeler nos contemporains à l’intériorité et à la quête de la sagesse pour réveiller en eux les chercheurs de Dieu. Ce travail de disposition des coeurs, si fondamental et parfois si long, n’est qu’une préparation à accueillir l’Evangile. Pour ne pas laisser nos contemporains en plan, il nous est un devoir de leur donner accès à la Révélation, de leur ouvrir les Ecritures pour leur donner le Christ.

Fr. Sébastien Perdrix, op


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