Dieu suscite ce qu’il demande de nous
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Ce jour-là, il faisait chaud. Jésus et les disciples avaient marché toute la matinée et Jésus était fatigué. Près du puit de Jacob, il rencontre une femme de Samarie – vous vous souvenez de cette histoire ? c’est l’évangile qu’on offre comme modèle aux catéchumènes aujourd’hui pour leur premier scrutin – et Jésus demande à la Samaritaine : « Donne-moi à boire » et encore : « Appelle ton mari » et « Adore Dieu ! ».
Un autre jour, douze ou treize siècles plus tôt, sur la montagne de Dieu, à l’Horeb, Dieu disait à Moïse : « Je veux délivrer mon peuple, alors va, je t’envoie ! Fais sortir d’Égypte mon peuple. »
Dans la parabole, le maître de la vigne demande au figuier : « Donne-moi ton fruit ! Sois fécond ! Porte du fruit ! »
Et Jésus dit à ceux qui l’écoutent : « Convertissez-vous », comme le faisait Jean-Baptiste avant lui : « Produisez donc un fruit digne du repentir ! »
Nous pourrions multiplier les exemples ainsi dans toute la Bible. Dieu nous demande quelque chose. Dieu veut quelque chose de nous. Dieu nous demande une action. Dieu nous demande des actes. Dieu veut nous voir produire du fruit, du fruit bon. C’est le Carême, il y a des choses à faire (et ce sera encore vrai après Pâques, d’ailleurs !). Que nous soyons catéchumènes ou fidèles du Christ, Dieu nous demande des actes.
C’est une première leçon à retenir aujourd’hui (il y en aura ensuite une deuxième qui viendra la préciser) : le salut n’est pas seulement une question de grâce de Dieu reçue. Comprenons bien : Dieu ne fait pas tout le travail tout seul, sans notre action, il ne suffit pas de recevoir la grâce de Dieu et de continuer comme avant. Parce que nous pouvons recevoir la grâce de Dieu en vain, comme un figuier dont on prend soin et qui ne porte pas de fruit. S. Paul le faisait remarquer par rapport à nos pères dans le désert : tous, ils avaient reçu la grâce de Dieu, mais tous n’en ont pas profité : « Tous étaient sous la protection de la nuée, tous ont passé à travers la mer. Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême dans la nuée et dans la mer ; tous, ils ont mangé la même nourriture spirituelle ; tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ; […] » la grâce de Dieu, vraiment ne leur a pas manqué ! « Cependant, la plupart n’ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements, en effet, jonchèrent le désert. » Nous pouvons recevoir la grâce de Dieu en vain.
Quand nous pardonnons, nous faisons une remise de dette, nous choisissons de ne pas compter le mal que nous avons subi, de ne pas demander réparation. Quand Dieu pardonne, il ne se contente pas de déclarer que les punitions dues pour nos péchés sont levées. Il ne se contente pas de fermer les yeux et comme oublier le mal que nous avons fait. Il veut nous transformer et cela doit se voir effectivement.
C’est pour cela que nous ne pouvons pas être sauvés sans actes, juste parce que nous aurions reçu la grâce de Dieu. Mais – et c’est la seconde leçon à retenir aujourd’hui – ces actes que nous avons à produire sont inspirés par Dieu lui-même, ils sont l’effet de la grâce de Dieu en nous.
L’homme pourrait-il apporter quelque chose à Dieu qui est à l’origine de tout ce qui existe ? Dieu nous demande de porter du fruit, mais le fruit que nous portons vient de lui. Il peut d’ailleurs d’autant plus nous demander de porter du fruit que c’est lui qui nous donne d’être féconds.
Pour Dieu, remettre le péché, c’est transformer l’homme : Pas seulement ne pas regarder le mal qu’il a fait, mais enlever le mal. C’est Dieu qui retourne le cœur de celui qui reçoit la grâce.
Si vous allez à la messe en semaine, vous devez connaître cette formule de S. Augustin qu’on entend dans une des préfaces des saints : « Seigneur, lorsque tu couronnes leurs mérites [des saints], tu couronnes tes propres dons. » Si quelqu’un se convertit, c’est que Dieu a travaillé en lui et que cette personne a laissé ce travail se faire, que cette personne a accompagné l’œuvre de Dieu en lui. C’est un fruit de la grâce et de la volonté, de la volonté qui est librement retournée par la grâce.
Sentez-vous cela en vous ? Dieu nous travaille de l’intérieur. Par le baptême il a mis un principe d’action en nous… et déjà avant, il nous travaillait de l’intérieur. Il nous fait désirer le bien qu’il veut accomplir en nous et il nous fait coopérer. Il nous demande notre bonne volonté. « Donne-moi à boire ! » « Je veux délivrer mon peuple, alors va, je t’envoie ! » « Porte du fruit ! ».
Il y a sans doute un combat spirituel en nous, pour accepter de faire ce bien-là, pour le reconnaître et laisser Dieu agir en nous, pour agir avec lui. La conversion, le repentir, ce n’est pas qu’une question de sentiments. Notre volonté est mise à contribution pour choisir de consentir à ce bien que Dieu veut pour nous.
Cela est vrai pour la conversion, c’est un peu le thème du Carême, mais c’est vrai beaucoup plus largement dans toute notre vie : Notre vie est faite pour porter du fruit. Elle peut s’arrêter à tout moment, parce qu’une tour nous tombe dessus, mais d’ici-là, Dieu nous invite à chaque instant à faire le bien, le bien qu’il veut pour nous et, par nous, pour ceux qui nous entourent. Pour ne pas épuiser le sol en vain, Dieu veut voir sa grâce porter du fruit en nous et ce fruit est le bien que nous faisons.
fr. Timothée Lagabrielle, op
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