Fumée blanche – laine banche

par | 11 mai 2025

Fumée blanche, nouveau pape et dimanche du bon pasteur : l’alignement des planètes est tel qu’il m’est impossible de ne pas évoquer le saint Père ! Vous le comprendrez aisément. Mais permettez-moi de parler du pape en l’abordant par le bout de son pallium. Dimanche prochain 18 mai, à Rome sera célébrée la messe d’inauguration du pontificat de Léon XIV, messe au cours de laquelle il recevra les deux signes de sa charge, le fameux anneau du pêcheur et le pallium.
Qu’est-ce qu’un pallium ? Il s’agit d’une pièce de tissu en pure laine, placée sur les épaules par dessus la chasuble. Le pallium est orné de croix évoquant les plaies du Christ ainsi que de trois épingles dorées qui symbolisent les cloues de la passion. Pour celui qui le reçoit, le premier message qu’envoie le pallium est clair. Accepter la charge du pontificat, c’est accepter de porter le joug du Christ : c’est-à-dire de faire sa volonté et non la sienne et de le suivre jusqu’à la mort. Le pallium rappelle au saint Père la parole du Christ au soir de la cène : « Un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie ». Si le Christ, le maître s’est fait le serviteur de tous, son vicaire sur la terre se doit de l’imiter. Il n’est pas là pour plaire ou faire de la politique, mais pour donner sa vie pour son peuple. « Le Pape, disait vendredi Léon XIV, depuis Saint Pierre jusqu’à moi, son indigne successeur, est un humble serviteur de Dieu et de ses frères, et rien d’autre. »
Le pallium est tissée d’une laine blanche et plus précisément d’une laine d’agneau. Porter sur ses épaules de la laine d’agneau rappelle au pape le cœur de sa mission : à l’image du bon berger, il est appelé à prendre soin des brebis et plus particulièrement de celles qui sont malades et perdues. Le Père a donné à son Fils ses brebis et personne ne les arrachera de sa main. Le saint Père doit se faire la main du Christ et du Père, cette main tendue vers l’humanité. Par son souci pastoral et son enseignement, il a mission de rejoindre tous les hommes pour les faire entrer dans l’unique Eglise du Christ : le seul bercail où les brebis sont en sécurité et peuvent s’épanouir. Le Pape est celui qui a les clefs de l’enclos qui donne accès à la vie éternelle.
La laine d’agneau évoque aussi pour nous une parole mémorable du pape François : Les prêtres doivent « être des pasteurs pénétrés de l’odeur de leur brebis ». Je ne pense pas que le pallium du pape sentira la brebis, mais je suis certain que c’est un homme qui restera au plus prêt de son peuple. Son long passé de missionnaire dans les zones reculées du Pérou témoigne pour lui de son souci de se faire proche de ses brebis. Dans l’Eglise, nul ne peut prétendre guider ses frères du haut de son trône. Les brebis ne répondent qu’à la voix familière du berger. C’est parce qu’il les connaît, qu’il connaît leurs joies et leurs souffrances, que les brebis suivent leur pasteur. C’est vrai pour le pape, c’est vrai pour tous les prêtres. Nous ne sommes pas cantonnés dans nos églises pour la seule célébration des sacrements, nous sommes aussi en sortie, comme le Fils de Dieu, pour connaître et aimer ceux que nous servons. Et c’est dans la mesure où nous cultivons une familiarité désintéressée que notre ministère porte tout son fruit.
 La laine d’agneau symbolise enfin l’agneau de l’apocalypse : « L’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. » En Christ, l’Agneau est devenu pasteur. Il serait peut-être plus juste de dire : parce qu’il s’est fait agneau, il est devenu digne d’être pasteur. L’agneau renvoie à la fragilité de notre condition humaine et évoque la vertu d’humilité. Il est extrêmement signifiant que le pape porte sur ses épaules une toison d’agneau et non le pelage d’un loup ou d’un lion. Le Christ n’est pas venu à nous dans le faste et l’éclat, mais dans la faiblesse de notre chair. En se faisant semblable à nous, il a su nous apprivoiser nous les brebis apeurées par le mal et la mort. Son humilité et sa douceur ont su conquérir nos cœurs.
Mais ce pasteur-agneau est certes un agneau immolé mais c’est aussi un agneau vainqueur. L’agneau se tient sur le trône nous dit l’Apocalypse. Oui, car « il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. » Il est digne de régner sur nous, car il nous a aimé jusqu’à la croix. Le bon pasteur a gagné ses galons de chefs en faisant la preuve de son amour. Nous le suivons, car nous savons qu’il a donné sa vie pour ses brebis, en un mot qu’il nous aime. Ainsi le pallium rappelle au Pape que pour gouverner, il lui faudra se faire « le doux Christ sur terre » et surtout aimer son peuple. C’est la charité qui fait le bon pasteur.
fr. Sébastien Perdrix, op

Fr. Sébastien Perdrix