Au bout de nos croix la gloire !

par | 14 septembre 2026

La fête de la croix glorieuse est sans doute l’une des plus capables de raviver notre espérance et de (re)donner sens à notre vie. Elle nous révèle qui est Jésus, ce qu’il a fait pour nous ; mais aussi qui nous sommes et ce que nous pouvons faire grâce à lui.

Elle nous révèle, tout d’abord, Jésus. Elle nous enseigne ce que fut sa Passion en vérité, non en apparence. Sur la croix, le Christ fut massacré, torturé. Il a subi, il a pâti, il a souffert, il a expiré. Mais il a vécu ce supplice et cette mort avec une volonté d’amour, une volonté libre, une volonté emplie de miséricorde et de compassion, débordante de pardon et de vertus, une volonté bonne, sainte, sans tache, entièrement offerte à Dieu, tellement bonne, tellement méritante, qu’elle a valu pour chacun de nous, y compris, pour les criminels, à commencer pour ses bourreaux , la possibilité d’être racheté, sauvé, pardonné, rétabli dans l’alliance avec Dieu.

Jamais aucun acte humain, jamais passion humaine ne furent aussi purs, aussi saints, aussi féconds, aussi glorieux que ceux du Christ en croix. Par ses douleurs, par ses souffrances, le Fils de Dieu fait chair, en son humanité, a satisfait, réparé, mérité pour tous ses semblables en humanité. Dans sa défiguration, il a reconfiguré l’humanité. Dans sa douleur, il lui a redonné la santé. Dans l’horreur et l’affliction, il lui a rendu la joie. La croix est le lieu de la plus haute, de la meilleure, de la plus noble « bonne action » que le Christ a faite durant sa vie terrestre. Par elle, toutes nos épreuves, toutes nos peines, toutes nos douleurs, tous nos fardeaux, peuvent avoir une fécondité.

Il m’arrive très souvent de penser au jour de notre rencontre avec Dieu, de ce moment de vérité où Dieu pèsera notre âme, la jugera pour ce qu’elle fut en vérité et d’imaginer ce que le Christ nous dira à cet instant. Il se pourrait que nous soyons surpris. Tel péché que nous avons fait, telle série interminable de péchés que nous avons faits, qui furent pour nous honteux et terribles, le seront-ils autant aux yeux de Dieu ? Tel acte, à l’inverse, que nous avons fait ou que nous aurions dû faire ne sera-t-il pas mille fois plus grave que nous le pensions ? Nous avons vu la paille dans notre œil, mais pas la poutre… Dans l’ordre du bien maintenant : tel acte bon sur lequel nous nous fondons, en qui nous nous confions, sur lequel nous tablons (un peu, beaucoup) pour nous ouvrir le ciel, comptera-t-il autant que nous pouvions le penser ? Le Christ dit qu’un verre d’eau donné à certaines conditions peut nous ouvrir les portes du ciel. Il se peut que nous soyons sauvés pour des actes que nous jugeons aujourd’hui infimes, dérisoires, et que nous avons complètement oubliés. Mais tout cela un jour sera révélé, rappelé à notre mémoire. Un jour, la vraie valeur de nos actions, bonnes ou mauvaises, sera dévoilée. La vraie valeur des croix que nous avons portées, bien portées ou mal portées. C’est là que le mystère de la croix glorieuse est en mesure de raviver notre espérance.

Je disais au début que la Passion fut la plus grande œuvre du Christ. Qui sait si nos croix, petites ou grandes, si les épines du quotidien qui blessent notre chair et notre âme, si les souffrances et les fardeaux du quotidien ne sont pas les actes qui nous vaudront à la fin le plus d’être sauvés ? La souffrance, en particulier la souffrance physique ou psychologique, nous semblent inutiles, vaines, stériles : Pourquoi Seigneur ? À quoi bon ? Pourquoi moi ? Pris isolément, en elles-mêmes, par elles-mêmes, il est vrai, les souffrances n’ont pas de fécondité. Elles sont des trous noirs, des abîmes. Mais si elles sont vécues dans le Christ, en communion avec lui, offertes pour lui, vécues comme lui, chrétiennement, elles peuvent être glorieuses.

Regardons le signe que Jésus ressuscité a donné à ses disciples. Dans sa chair, il a conservé les marques de sa passion. Son corps, pourtant vivant, pourtant restauré, a conservé les trous des clous, la plaie de la lance. Jésus a cessé de souffrir. Son corps a été récompensé et glorifié. Mais ses plaies sont encore là, ouvertes. Elles sont la preuve de l’amour dont il nous a aimés : ses titres de gloire. Si jamais nous avons la grâce de la persévérance finale, si jamais nous avons la grâce d’entendre le Christ nous dire : « Mon ami, mon serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître », nous serons peut-être surpris de l’entendre nous confier : « Tes souffrances, tes larmes, tes croix t’ont uni à moi et tu ne le savais pas. Tu n’as pas souffert en vain, pour rien. Tes croix d’hier t’ont mérité la gloire d’aujourd’hui. »

Fr. David Perrin