Jésus brouille les cartes – Solennité des Rameaux

par | 2 avril 2023

Fr. David Perrin

La Semaine Sainte commence par un événement extraordinaire, d’une incroyable complexité, totalement inattendu.

Personne ne pensait sérieusement que Jésus monterait, cette année-là, à Jérusalem ! Sa tête avait été mise à prix : « Les grands prêtres et les Pharisiens avaient donné des ordres : si quelqu’un savait où il était, il devait l’indiquer, afin qu’on le saisît. » (Jn 11, 57)

Entrer incognito dans Jérusalem aurait déjà été une chose osée, insensée, extrêmement risquée. Mais une entrée triomphale dans la Ville Sainte ne pouvait aboutir, logiquement, qu’à la répression immédiate et à la mort ou bien à la guerre contre l’occupant romain avant l’instauration d’une nouvelle royauté.

Tous les disciples, bien sûr, avaient espéré et rêvé un tel événement. Mais jamais jusqu’à présent, Jésus n’avait pris de tels risques. Jamais, il n’avait donné à ces actes une apparence aussi politique. En Galilée, souvenez-vous, quand les Juifs avaient voulu s’emparer de lui pour le faire roi, il s’était retiré dans la montagne (Jn 6, 14-15). Jésus avait toujours fui, au cours de son ministère public, la confrontation avec Hérode et les autorités romaines, évitant le plus possible le conflit politique.

Mais la situation, depuis quelques mois, a complètement changé. Les autorités religieuses veulent le tuer. Jésus décide, semble-t-il, de jouer son va-tout en prenant les devants et en s’assurant le soutien du peuple. Pour les disciples qui l’accompagnent et les Juifs qui l’acclament, tout semble indiquer désormais que l’heure de la libération a sonné et que Jésus va s’emparer, dans les prochains jours, de la royauté.

Le moment qu’il choisit pour le faire est idéal ; le timing liturgique, parfait. Car la Pâque est avant tout une fête de libération nationale : Israël libéré de l’esclavage de Pharaon. Le parallèle avec la situation actuelle est saisissant. Les Égyptiens sont les Romains. Jésus est le nouveau Moïse. Les choses paraissent, à présent, évidentes. Le Messie ne pouvait se révéler qu’à ce moment-là ! Les douze tribus, en effet, se rassemblent, des quatre coins d’Israël, pour la fête. Jérusalem, en quelques jours, a doublé de volume. 120 000 personnes sont dans la ville. Il y a tellement de pèlerins dans le Temple, qu’il faut étaler les sacrifices sur une semaine entière. Le sang des animaux coule à flots sur les autels. La fumée des sacrifices emplit les rues. Jérusalem est en ébullition, prête à exploser. Pour qui veut provoquer la révolte, c’est le moment idéal !

Jésus soigne son entrée. Il choisit de monter du côté de Bethphagé, par le mont des Oliviers (Mt 21, 1), c’est-à-dire par le côté Est de la ville. Or, chaque Juif sait que le Messie, quand il viendra, choisira ce côté-là. Le prophète Zacharie l’avait annoncé : « Quand le Seigneur sortira pour combattre les nations (…), ses pieds se poseront sur le mont des Oliviers qui fait face à Jérusalem vers l’orient. » (Za 14, 3-4) Jésus prend donc le chemin décrit par Zacharie et entre vraisemblablement par la Porte dorée, qui est située au milieu de la muraille Est. C’est la seule qui permet d’accéder directement au Temple. Cette porte est appelée « Porte de la Miséricorde » ou encore « Porte de la Vie éternelle ». Tout un symbole !

Imaginez la tension et l’excitation quand la nouvelle se répand et que la foule aperçoit Jésus monté sur un âne, exactement comme l’avait prédit Zacharie : « Voici ton Roi qui vient à toi ; humble, il vient, monté sur une ânesse, sur un ânon, le petit d’une bête de somme. » (Za 9, 9) Les gens comprennent immédiatement le message envoyé par Jésus. C’est pourquoi ils l’acclament, en prenant des rameaux et des palmes, et en chantant de toutes leurs forces : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d’Israël ! » Ce cri est une citation de l’Écriture, un verset du psaume 117 : « Donne, Seigneur, le salut ! Dieu, donne la victoire ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient. » (Ps 117, 25) Les prophéties, les Écritures s’accomplissent aujourd’hui. « Hosannah », en hébreu, veut dire : « S’il te plait, sauve » !

Mais la foule ne sait pas encore que le salut que Jésus apporte n’est pas politique mais spirituel et que son Royaume, comme lui-même le dira à Pilate, « n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36). La foule ne sait pas ce qu’elle fait en acclamant Jésus comme Roi. Et pourtant, elle a raison de l’acclamer de la sorte ! Car Jésus est bien le Messie, le Roi des rois, le libérateur, le goël d’Israël, le Sauveur des hommes. Mais les ennemis qu’il vient abattre ne sont pas les Romains, mais les esprits mauvais, Satan et ses légions d’anges. Jésus vient sauver les hommes de l’esclavage du péché et de la mort spirituelle. Voilà la libération qu’il veut apporter à l’humanité en ce jour. Acclamons, donc à notre tour, notre Roi, mais pour de bonnes raisons, cette fois, et crions à pleins poumons, emplis de l’Esprit de Dieu : « Hosannah ! De grâce, Seigneur, sauve-nous du péché !”

Fr. David Perrin

Fr. David Perrin