Jurer par le Dieu vivant !

par | 10 juin 2024

Fr. David Perrin

Avez-vous remarqué comment le prophète Elie annonce au roi Achab le châtiment de Dieu ? La formule qu’il emploie est une une formule consacrée, d’une extrême solennité et gravité. Je la relis pour ceux qui, peut-être, n’auraient pas fait attention : « Par le Seigneur qui est vivant, par le Dieu d’Israël dont je suis le serviteur, pendant plusieurs années il n’y aura pas de rosée ni de pluie, à moins que j’en donne l’ordre. »
Avant de dire un mot de l’expression elle-même, je rappellerai qu’il n’est pas interdit, contrairement à ce que l’on croit, de jurer devant Dieu. Ce qui est interdit, c’est de prononcer le nom de Dieu en vain et, encore pire, à tort. Mais quand les circonstances l’exigent, quand il s’agit de fonder sa parole et de garantir sa vérité, quand on n’a pas d’autre moyen, il est possible de prendre Dieu pour témoin : lui que nul ne peut tromper, lui qui, à la fin, fera justice en toute vérité. Mais puisqu’il s’agit de vérité, pourquoi jure-t-on par le Dieu vivant et non par le Dieu vrai ou par le Dieu juste ? Pourquoi le serment doit-il se faire par la vie de Dieu et non par sa justice ou par sa vérité ? Nous touchons là un point de théologie biblique extrêmement et important.
Jurer par le Dieu vivant, tout d’abord, c’est jurer par ce qui est le propre du Dieu d’Israël, le propre du vrai Dieu par rapport à toutes ces divinités de pacotille, ces dieux qui pullulent et qui sont le fruit des projections et des superstitions humaines. Jurer par le Dieu qui vit, c’est s’en remettre au Dieu réel, au Dieu qui existe, et non à ces idoles mortes que les païens adorent, ces dieux qui ont des yeux, oui, mais qui ne voient pas, qui ont des oreilles mais qui n’entendent pas, qui ont un nez mais qui ne sent pas. Ces dieux ne sont que fumée et vanité. Jurer sur Baal, Jupiter ou sur la déesse Pachamama ou d’autres dieux d’autres Révélation, c’est jurer sur rien, jurer sur du vent, jurer sur du néant. Jurer sur le Dieu vivant, en revanche, c’est jurer sur le Dieu de nos pères, sur Celui qui était, qui est et qui sera, celui qui entend tout, celui qui voit tout, celui qui sait tout, celui qui jugera tout.
Nous en arrivons à la deuxième raison. Quand on jure par la vie de Dieu plutôt que par sa vérité ou par sa justice, on signifie que l’on jure par toute l’énergie que Dieu a déployée, au long des âges, pour demeurer fidèle à ses promesses, par toutes ses œuvres manifestes, tangibles, connues de tous, juifs et païens. C’est jurer par ce Dieu qui a fait alliance avec nous concrètement, qui est entré dans notre histoire, qui s’est engagé pour nous et nous a rendu la vie. Voilà pourquoi le serment par le Dieu vivant est ce qu’il y a de plus haut en Israël : celui qui prononce jure par l’alliance avec Dieu. Il se place lui-même dans le prolongement de l’Alliance de Dieu avec Israël. Il situe publiquement sa parole dans la Parole que Dieu, en personne, a donné. Il s’engage à la manière de Dieu et en réponse à la sienne. Il n’y a donc pas de certification plus concrète et plus réelle, plus manifeste et véridique, plus obligeante également, que la vie de Dieu : « Par le Seigneur qui est vivant, par le Dieu d’Israël dont je suis le serviteur, pendant plusieurs années il n’y aura pas de rosée ni de pluie, à moins que j’en donne l’ordre. »
Fr. David Perrin o.p

Fr. David Perrin

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