La grâce de la conversion

par | 29 mars 2019 |

Frère Antoine-Marie Berthaud

Troisième dimanche de Carême, nous pourrions dire, troisième étape de notre préparation à la fête de Pâques. Rappelez-vous la première étape : Jésus au désert nous initiait au combat spirituel que suscitent Satan et son lot de tentations. La deuxième étape, dimanche dernier, nous donnait à contempler Jésus transfiguré, afin de désirer la gloire et la joie de Pâques. Aujourd’hui, troisième étape : Jésus nous fait invitation pressante à nous convertir.

 

Tout d’abord, comment Jésus nous presse-t-il à nous convertir ? Il emploie pour cela le langage des prophètes et ne craint pas de nous effrayer. En évoquant en effet deux événements dramatiques de son époque (comme nous en connaissons aujourd’hui), le massacre par Pilate de Galiléens innocents et l’effondrement de la tour de Siloé sur 18 habitants de Jérusalem, Jésus nous avertit et nous provoque de manière forte : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux ! » Ces paroles de prophète, il nous faut les entendre, les laisser résonner dans notre cœur. Le prophète n’est-il pas celui qui proclame la vérité, prévient du malheur, réveille les consciences ? Alors de quoi Jésus vient-il nous réveiller afin de susciter notre conversion ?

En premier de l’insouciance de notre vie à l’égard de Dieu. Oh, nous avons souci de nous-mêmes ! Mais de Dieu ? Que ce soit l’assassinat des Galiléens ou bien l’accident de la tour de Siloé, ces deux événements nous sont donnés comme un signe… pour une prise de conscience : la vie humaine, notre vie, est fragile, vulnérable mais elle n’est pas banale. Elle a du prix, un prix unique aux yeux de Dieu ! Un prix que nous avons du mal à réaliser, puisque nous en bénéficions si naturellement tous les jours. La perte d’un être cher n’a-t-elle pas été l’occasion de réaliser la valeur et la beauté d’une existence humaine ? La vie n’est pas un dû ! Elle est un don ! Un don du Créateur de la vie ! Un cadeau inouï dont il nous faut toujours rendre grâce à Dieu, tel Moïse devant le Buisson ardent ! Avec nos richesses, nos talents et nos limites, nous devons en être les intendants fidèles. Le matérialisme et le consumérisme ambiants ne nous incitent-ils pas à vivre dans l’insouciance vis-à-vis du Maître de la vie ? Notre société ne peut-elle exprimer que le souci de l’argent, du niveau de vie et du confort matériel ? Jésus veut nous tirer de cette insouciance à « faire notre vie », comme on dit, sans Dieu.

Ensuite, Jésus veut nous réveiller de ce que j’appellerais notre inconséquence. La violence des événements évoqués par Jésus nous pousse à porter un regard plus profond sur notre existence humaine. Notre vie n’est manifestement pas celle des animaux. Elle revêt une valeur morale et spirituelle. La mort chez l’homme, la mort d’autrui, l’approche de notre propre mort nous disent que la vie n’est pas sans conséquences. Se pose alors à nous la question du « pourquoi la mort ? ». Et pourquoi la mort injuste ? Jésus interroge : Pilate a-t-il condamné les plus grands pécheurs parmi les Galiléens ? Certainement pas ! Pourquoi la mort et la mort idiote, telle celle des personnes écrasées par la tour ? Ces personnes étaient-elles plus coupables que les autres ? Non plus, répond Jésus ! Et si cela nous arrivait ?! Que ce soit la mort innocente ou la mort accidentelle, cette violence nous interpelle : cela aurait pu m’arriver. Alors suis-je donc prêt à mourir ? – Jamais vraiment, me répondrez-vous ! Mais dans quel état paraîtrai-je devant Dieu ? C’est bien là la question essentielle du cœur de l’homme. Je suis un être doué de liberté et donc responsable de ma conduite, des actes qui la déterminent ! Alors Jésus me réveille : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez de la même manière ! » Jésus voudrait-il nous dire : cesse d’être chrétien pour ne pas risquer d’être moqué, humilié ou même persécuté ? Pas du tout ! Ou bien fais attention à ne pas habiter un immeuble trop vieux qui pourrait peut-être s’écrouler ? Non plus ! Jésus réveille en ses disciples le désir de changer de vie, de se détourner des mauvaises habitudes, le désir de demander pardon pour les actes qui nous feraient à juste titre redouter le jugement de Dieu sur nous.

 

Alors, frères et sœurs, Jésus voudrait-il nous décourager de la vie chrétienne, de la vie tout court ? Non ! Au contraire il veut susciter en nous le réflexe de la vie. Un réflexe de vie pour Dieu, de vie en Dieu !Paul ne fera que reprendre cet appel à la conversion. Comme aux habitants de Corinthe, il s’adresse à nous aujourd’hui. Baptême et Eucharistie les ont armés pour une vie vraiment chrétienne. Et pourtant, ils ont fait ce qui déplaît au Seigneur. Mais tout cela s’est produit, nous dit s. Paul, « pour que cela nous serve d’exemple et nous empêche (à nous aujourd’hui) de désirer le mal comme l’ont fait nos pères » ! Idolâtrie, tenter Dieu, récriminer contre lui… tout cela conduit certainement à la mort ! Notre vie, nos actes ne sont pas sans conséquences d’éternité ! Et si parfois nous ne sommes pas meilleurs que les hébreux qui ont trahi, que les Corinthiens qui avaient bien du mal à vivre selon l’Évangile, considérons notre vie comme un chemin de sainteté, selon l’expression de notre Pape François. Comme une école de vie divine dont le maître intérieur est l’Esprit Saint. Cet Esprit de Jésus-Christ qui nous est donné, ne l’oublions pas, au baptême, dans la prière, dans la pratique des sacrements et à travers une vie de charité, de don de soi.

 

Alors comment nous convertir ? Si se convertir c’est se tourner vers, eh bien frères et sœurs, tournons-nous vers le Christ ! Tirons bénéfice des leçons qu’il nous donne à travers les événements de notre vie passée ! Regardons faire Jésus, ce vigneron de la parabole qui prend soin de ce figuier que nous sommes et qui avons bien du mal à porter du fruit ! Admirons sa patience envers nous, sa délicatesse inlassable envers notre fragilité ! Son intercession incessante auprès du Maître de la vigne ! Que sa miséricorde agisse dans nos cœurs et qu’elle triomphe de notre orgueil à ne compter trop souvent que sur nous-mêmes.

Oui, laissons Jésus bêcher la terre autour de nous, laissons-le nous aimer et nous faire rendre le meilleur de nous-mêmes ! Implorons simplement du Seigneur la grâce de la conversion. Et ne nous décourageons jamais ! Car c’est Jésus lui-même qui seul nous sauvera. Alors nous ne craindrons pas le péril de la mort. Le figuier portera son fruit en son temps. On ne le coupera pas. Et il connaîtra sûrement la lumière et la joie de Pâques ! Amen.

Fr. Antoine-Marie Berthaud, op

Frère Antoine-Marie Berthaud

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