Le frère au balai – Saint Martin de Porrès

par | 3 novembre 2022

Frère David Perrin

On peut discuter des heures, nous autres religieux, des vertus théologales et morales, (infuses et acquises), écrire des pages édifiantes sur le don de soi, l’humilité et le service du bien commun ! Tout cela est très bien et nécessaire mais, pendant ce temps-là, les moutons de poussière s’accumulent dans nos couloirs ! Qui fera l’effort de les ramasser ? Moment de vérité où la charité divine prend d’un seul coup l’aspect d’un balai et la motion de l’Esprit Saint se confond très exactement avec celle de nos bras ! Le réalisme de la charité, c’est celui du balai. Et c’est ce réalisme-là que saint Martin de Porrès (1579-1639) pratiqua toute sa vie : frère Martin de la charité, le frère au balai, comme on le surnommait.

Cet homme, fils d’un noble officier espagnol, Don Juan de Porrès, et d’une esclave noire panaméenne affranchie, Anna Vélasquez, entra dans l’Ordre dominicain comme oblat. Il ne devint frère convers qu’après neuf ans de vie religieuse. Il passait une grande partie de ses journées à balayer les moindres recoins de son couvent et à nettoyer les toilettes. Mais quand un saint accomplit de telles taches, celles-ci cessent aussitôt d’être ordinaires. Dans les mains d’un saint, le plomb se change en or, les toilettes en sacristie et les balais en croix.

Saint Martin aimait servir tous ceux qu’il rencontrait : homme et bêtes ! On ne compte pas les animaux qu’il a soignés. Son colloque avec les souris de son couvent est resté célèbre. Sachant que leurs jours étaient comptés (le cuisinier du couvent avait lancé contre elles une grande opération), il les rassembla et leur conseilla de partir promptement dans le logis à l’extrémité du jardin, s’engageant à les nourrir, si elles obéissaient. Mais son affection pour les animaux n’était rien en comparaison de son amour pour les hommes. Sa compassion le poussait bien souvent à faire des choses qui embarrassait ses frères. Martin ramenait, par exemple, dans sa cellule de nombreux malades et blessés. Quand son prieur le morigéna, Martin répondit : « J’ignorais que le vœu d’obéissance l’emportait sur le précepte de charité. »

Pour exercer pleinement son charisme de guérison, le Seigneur lui fit le don de bilocation. Des témoins le virent en Chine, au Japon, en Algérie. Un jour qu’il proposait à un malade un remède inconnu au Pérou et que l’autre s’étonnait, Martin s’exclama : « Ne craignez rien ! Il est très efficace ! Je l’ai vu administrer souvent à l’hôpital de Bayonne ! » Quand on franchit les océans, passer les murs de son couvent est un jeu d’enfant. On raconte qu’il transporta en un clin d’œil des novices qui s’étaient attardés avec lui en promenade pour leur permettre de réciter à temps le Rosaire. Jamais saint Martin n’aurait fait une chose pareille, s’il n’avait estimé qu’il y avait un grand dommage pour eux à ne pas réciter cette prière. Ses miracles n’étaient pas un jeu !

Le plus admirable était qu’il accomplissait les besognes les plus basses et les miracles les plus extraordinaires avec le même naturel. Guérir un mourant ou soigner un chien malade, planter un jardin de figuiers pour les pauvres ou nettoyer les latrines, s’infliger trois flagellations par jour ou léviter dans la prière, etc., tout était fait avec la même simplicité, la même humilité, le même amour de Dieu et de prochain. Si nous voulons lui ressembler un peu, commençons, comme lui, par passer le balai. De bonne grâce, bien sûr !

Frère David Perrin

Frère David Perrin