Pour une petite théologie du vêtement – Transfiguration du Seigneur
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Si vous comparez le récit de la transfiguration chez Marc et chez Matthieu, vous remarquerez une différence importante. Matthieu dit à propos du Christ : « son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. » Marc, quant à lui, ne dit pas un seul mot du visage ou du corps de Jésus. L’attention est concentrée uniquement sur ses habits : « Ses vêtements devinrent resplendissants d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. » Nous devons prendre ce fait au sérieux. Les vêtements n’ont rien de futile et le mystère de la transfiguration nous livre à leur sujet trois leçons importantes.
La première est que le vêtement ne se réduit pas à sa seule fonction pratique. En effet, si l’on attend d’un vêtement uniquement qu’il soit utile, commode, pratique, confortable, technique, on passe à côté de sa finalité ultime. Le Christ montre que le vêtement est une parure, un ornement, un signe. Sa finalité est d’exprimer et de manifester par sa propre beauté une beauté plus profonde. Le vêtement n’est pas une apparence superflue. Il est la signature de notre être.
La deuxième leçon est que les vêtements suivent notre évolution et nos changements. La métamorphose du Christ a entraîné la métamorphose de ses vêtements. Qu’est-ce que la transfiguration sinon le déversement momentané, passager, miraculeux de la gloire divine, qui était alors retenue à la fine pointe de l’âme du Christ, dans ses puissances inférieures et son rejaillissement dans son corps ? Il ne convenait pas qu’une telle gloire soit occultée par des vêtements indignes. Il fallait, au contraire, que la parure de l’homme, ce fruit de l’art et de la culture, soit surélevée, rehaussée, accordée à ce nouvel état. Mais fallait-il des habits luxueux, un tissu fin, couverts de joyaux ?
Voilà la troisième leçon. Le vêtement vraiment stylé, la parure réussie et belle, n’est pas compliquée, luxueuse, excessive, m’as-tu-vu, ostentatoire. Elle réside dans la simplicité, l’accord simple et parfait du dehors et du dedans. La beauté des vêtements du Christ tient dans leur blancheur, une blancheur qui n’est pas de ce monde. Leur clarté est celle de la lumière. Une lumière parfaitement pure, en qui les multiples couleurs du spectre se résument et s’unifient. La lumière faite vêtement au point que l’on ne parvient plus à faire le départ entre le tissu et la lumière. Des habits de lumière.
Dans le mystère de la transfiguration, petite fenêtre éphémère et passagère ouverte sur le ciel, nous est donné un aperçu de ce que nous verrons et de ce que nous serons, de la manière dont le Christ se révèlera à nous et dont nous apparaîtrons devant Dieu et à nos semblables. L’habit immuable — nous n’aurons plus à changer d’habit au ciel — que nous porterons en Paradis nous sera donné, conféré, comme ce vêtement blanc qui nous est donné, petit enfant, au baptême. Ce vêtement, qui sera un don de Dieu, nous conviendra et sera proportionné à nos mérites, à la charité dont nous aurons aimé Dieu et notre prochain. Il nous révèlera à nous-mêmes et révélera aux autres qui nous sommes vraiment, quelle grâce nous a travaillé ici-bas, quelle fut, durant notre vie sur terrestre, notre beauté cachée.
Fr. David Perrin, op
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