La Samaritaine (Jn 4, 1-42)

par | 23 mars 2014

La samaritaine (Jn 4, 1-42) – Année A 3ème dimanche du Carême Prédication du fr Jean-Ariel Bauza-Salinas

Jésus arrive à Sichem, en Samarie. Il s’assoit au bord d’un puits. Il rencontre une femme. Et le dialogue va se conclure sur une question d’adoration. Mais pourquoi tous ces renseignement ? Que veut nous dire l’évangéliste en soulignant cela ?

Évoquons donc successivement ces 4 points : Le lieu, le puits, la rencontre, l’adoration.

1) Le lieu 

Cette rencontre avec la samaritaine ne se passe pas n’importe où. Sichem : tous les patriarches y sont passés et y ont vécu une alliance avec Dieu. C’est le lieu du chêne de Membré où Abraham bâtit un autel (Gn 12, 6). Jacob construisit aussi un autel, et dans ce lieu se trouve le puits. C’est là que l’on déposera les ossement de Joseph au retour d’Egypte. C’est là que Josué, après avoir traversé le Jourdain, renouvela l’Alliance.

Bref, tout nous apprend qu’une nouvelle alliance se prépare. Elle va avoir lieu au bord d’un puits.

2) Le puits

Dans l’évangile il y a 2 mots pour dire puits. D’abord, la fontaine (c’est-à-dire, l’eau qui coule, la source, l’eau vive), ensuite, le puits (la citerne, l’eau qui dort). Et bien,

Jean situe Jésus « sur la source » (supra fontem, la fontaine). Il se tient sur cette source. Dieu avait dit à Moïse, dans la 1ère lecture : « Moi, je serai (…) sur le rocher de l’Horeb (supra petram Horeb). Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! » (Ex 17, 6). Mais la femme ne voit pas une fontaine, elle ne voit qu’un puits, un puits profond (et c’est vrai que le puits est profond ! A l’époque de Jésus il faisait 32 mètres de profondeur).

3) La rencontre

Au bord de la fontaine a lieu une rencontre. Dans l’AT le puits est lié à la rencontre entre un homme et une femme : c’est au bord d’un puits que Jacob retrouve sa femme Rachel (Gn 29, 1), que Moïse rencontre Séphora (16, 22). Et à chaque fois le jeune homme demande à boire à la jeune fille. Et ils deviennent mari et femme.

Jésus signale cependant à la samaritaine qu’elle a eu 5 maris…

Saviez-vous qu’à l’époque du Christ en Samarie on vénérait 5 idoles ? En effet, les assyriens ayant envahi la Samarie, ils y implantèrent 5 peuples et ces peuples apportèrent leurs divinités. Mais le pays est dévasté par des bêtes sauvages : le roi assyrien, craignant avoir offensé le dieu local, envoie un prêtre hébreu déporté pour leur apprendre à servir le Dieu d’Israël (2 R 17, 24-41). Les samaritains vont alors servir 5 dieux, tout en adorant un sixième, le Dieu d’Israël. La Samarie est en attente d’un accomplissement, signifié par le chiffre 7. La Samarie doit retrouver son vrai Dieu et la Samaritaine son seul et vrai époux.

4) Ladoration

Où doit-on l’adorer : sur le mont Garizim (Dt 27, 11) ou bien à Jérusalem ? Au mont Garizim, disent les Samaritains, a eu lieu le sacrifice d’Abraham et sa rencontre avec Melchisédech (Gn 22 et 14); Jacob y dressa un autel (Gn 33, 20); et c’est sur cette montagne qu’eut lieu le premier sacrifice des hébreux en entrant en terre promise.

Voilà le vrai problème ! L’adoration revient dix fois dans cet évangile. Pour la samaritaine, ce n’est finalement pas une question de mari ou d’absence de mari, mais la recherche du vrai Dieu. En cela la samaritaine est, pour saint Jean, la figure du peuple qui cherche son Dieu à tâtons. Le peuple qui marche dans les ténèbres et voit se lever une grande lumière.

Il n’y a plus de mont Sion ni de mont Garizim. Jésus est le Temple. Le lieu du culte est son corps, la vrai source est son côté ouvert, d’où jaillit l’eau vive. Il est Celui que l’on adore, dans une chair qui est adorable.

Adorer en Esprit et en vérité : l’Esprit qui au début de la Genèse avait plané sur les eaux se rend visible sur les eaux du Jourdain : « celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » Il invite la samaritaine, il nous invite à entrer avec lui dans le Jourdain, comme Josué et le peuple élu, pour offrir ensuite le vrai sacrifice. C’est par l’eau du baptême, dit saint Cyprien, que l’Esprit est communiqué à l’homme. « En sorte qu’après avoir reçu l’Esprit et la vérité par la sanctification (…) nous puissions aussi adorer en Esprit et en vérité » (Cyprien, De Oratione, 1, 2 ; Jn 4, 23-24).

Le lieu d’adoration est le corps de Celui qui trône au dessus de la fontaine.

Jésus n’est pas un puits, un réservoir d’eau morte, un dépôt de vieilles alliances, non. Il est la source vive qui coule des profondeurs de Dieu jusqu’au profondeurs de l’homme. Des entrailles de miséricorde du Père jaillit le Fils, pour pénétrer jusqu’au plus profond de la détresse de l’homme, pour imprégner même les os desséchés -ces os de Joseph enterrés là- et les relever. Il est l’Eau vive, « sagesse de Dieu, secrète jusqu’à présent, (…) cachée au monde (…) mais que Dieu tient en réserve pour ceux qui l’aiment » (1 Cor, 2, 8).

La samaritaine a compris qu’il est venu, celui qui accomplissait le vrai culte. Celui qui se tient près du puits n’est plus un étranger duquel on prend ses distances (toi, juif ; moi, samaritaine), il n’est pas un simple prophète. Il est celui que vient accomplir les promesses faites à Abraham. « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. C’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Avant quAbraham soit, « Je suis, moi qui te parle ». Moïse sur la montagne demanda à Dieu: « Quel est son nom? Que leur dirai-je? » Dieu dit: « Je suis ». (Ex 3, 14). Révélation à Moïse, révélation à la Samaritaine.

Là, elle a compris. Elle n’a plus besoin de sa cruche, vide. Elle est tellement comblée qu’elle ne peut pas garder pour elle seule cette bonne nouvelle.

Et dans l’excès de sa joie, elle va annoncer, comme une première Marie-Madeleine, ce que le Seigneur lui a dit.

fr. Jean-Ariel BAUZA-SALINAS o.p.

Fr. Jean-Ariel Bauzas-Saulinas