Avec Marie, tu vivras !
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Chrétien ! mon frère, ma sœur, tu vas mourir. Ton temps ici-bas est compté. Le sommeil de la mort t’enveloppera et séparera ton âme et ton corps. Tu n’en sais ni le jour ni l’heure (cf. Mt 24, 36). Tu auras beau faire, dépenser tout ton avoir en produits de beauté, en cures de jouvence, en soins divers, tu ne peux pas sauver ton corps. Depuis ce jour où nos premiers parents ont péché et permis à la jalousie du diable de faire entrer la mort dans le monde (cf. Sg 2, 24), nous sommes tous soumis à l’inexorable empire de notre sœur la mort.
Pardonne-moi ce rappel douloureux mais nécessaire. Si nous ne regardions pas ce terme de notre vie, nous serions comme des fous qui marchent sans regarder où ils vont : leur pied heurte les pierres (cf. Ps 90, 12) et ils finissent par tomber dans un trou (cf. Mt 15, 14). En effet, si nous vivions comme si nous n’étions pas faits pour le ciel mais pour cette vie seulement, comme si la résurrection n’avait pas eu lieu, nous serions « les plus à plaindre des hommes » (1Co 15, 19). Il nous est salutaire, de temps à autre, de nous rappeler que notre vie ici-bas n’est pas pour toujours, que « le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis » (1Co 15, 20), et que nous avons à « rechercher les réalités d’en haut, parce que c’est là que siège le Christ, à la droite de Dieu » (Col 3, 1).
Tu ne peux t’affranchir de la loi de la mort et sauver ton corps, certes, mais il a plu au Seigneur de ne pas t’abandonner dans la mort (cf. Ps 15, 10), de t’obtenir sur la croix le salut de ton âme et de te le confier. C’est par elle, ton âme, qui est faite pour informer ton corps, que tu participes à la victoire du Christ sur la mort. En effet, si le corps est périssable, l’âme est immortelle parce que spirituelle. C’est elle qui est marquée du sceau du baptême et qui est vivifiée par la grâce et la charité, c’est-à-dire l’amour même de Dieu. C’est par notre âme que nous sommes unis au Christ, lui qui nous ressuscitera, impérissables et nous serons transformés et nous revêtira d’immortalité (cf. 1Co 15, 52-53). Oh, si nous mettions autant d’ardeur à soigner notre âme qu’à soigner notre corps ! afin de pouvoir nous dire avec saint Paul :
« Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts. Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus » (Ph 3, 10-14).
Aujourd’hui plus que jamais, a bienheureuse Vierge Marie, nous est donnée comme compagne, comme modèle, comme mère. Par une admirable décision de Dieu, cette petite fille d’Israël a été préservée du premier péché et créée immaculée. Toute sa vie, elle a su rester fidèle à cette grâce insigne, devenant disciple de son divin Fils, « retenant tous ces événements et les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19) et menant « le bon combat de la foi » (1Tim 6, 12). N’allons pas croire que tout lui fut facile : même immaculée, la bienheureuse Marie a dû vivre dans la foi, non dans la claire vision (2Co 5, 7). Au pied de la croix, elle a senti « son âme traversée d’un glaive » (Lc 2, 35) de douleur. Et cependant, toute sa vie, Marie l’a vécue dans l’amour, si intimement unie à Jésus qu’aucun mot humain ne pourra en épuiser le mystère. Au soir de sa vie terrestre, la bienheureuse Vierge a connu la mort, comme son Fils. « Saint François de Sales estime que la mort de Marie a eu lieu l’effet d’un transport d’amour. Il parle d’une mort « dans l’amour, à cause de l’amour, par amour », parvenant ainsi à affirmer que la Mère de Dieu mourut d’amour pour son fils Jésus (Traité de l’amour de Dieu, VII, c. 13-14) » (Jean-Paul II, catéchèse du 25 juin 1997). Cette vie accomplie tout entière dans l’amour divin dont Marie a suivi chacun des mouvements lui a permis de rester « l’humble servante sur lequel le regard du Tout-Puissant s’est penché » (Lc 1, 48), de sorte que, par pure grâce, « Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste » (Pie XII, Munificentissimus Deus, n. 44).
Chrétien ! mon frère, ma sœur, contemple aujourd’hui « la Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. » (Ap 12, 1). C’est la bienheureuse Vierge Marie qui te montre à quelle gloire, à quelle vie, à quel bonheur le Christ t’appelle. Prends chez toi celle que Jésus te donne pour Mère (cf. Jn 19, 27) : proclame-la bienheureuse (cf. Lc 1, 48), apprends d’elle à rester humble et pauvre, apprends d’elle à faire tout ce que Jésus te dira (cf. Jn 2, 5). A l’heure de ta mort, c’est elle, sainte Marie, la mère de Dieu, qui te fera entrer au palais du Roi, dans la vie qui n’aura pas de fin. Chrétien ! mon frère, ma sœur, avec Marie, tu vivras. Amen.
fr. Guillaume Petit
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