Avons-nous besoin d’églises ?

par | 22 mai 2020

« La prière, elle se fait dans son rapport à celui qu’on accompagne, célèbre – chacun choisira le mot en fonction de sa religion – et n’a pas forcément besoin de lieu de rassemblement »[1]. Ces propos tenus récemment par un théologien, également ministre de l’intérieur, semblent confirmés par la parole du Christ : « Vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité ». Pourquoi alors dédicacer une église, la consacrer à Dieu par un rite spécifique pour en faire « le lieu de la gloire et de la sainteté de Dieu » ? Avons-nous besoin d’églises ?

Dans l’évangile, Jésus distingue trois adorations : celle des Samaritains, sur cette montagne (le mont Garizim), celle des Juifs, à Jérusalem, et la nouvelle adoration, en esprit et vérité. La première était l’adoration d’un Dieu inconnu (vous adorez ce que vous ne connaissez pas), c’est l’attitude naturelle de l’homme fait pour adorer Dieu ; la deuxième est l’adoration du Dieu unique, connu encore inchoativement, c’est l’adoration de la première alliance ; la troisième est l’adoration véritable du Dieu unique et trois fois saint, définitivement révélé par son propre Fils.

Il s’agit donc d’« adorer en esprit et vérité ». Notre frère Thomas d’Aquin écrivait que pour que la prière soit bonne et vraie, deux choses sont requises : « La première est que la prière soit spirituelle, c’est-à-dire dans la ferveur de l’Esprit, chantant et célébrant le Seigneur de tout mon cœur ; l’autre est qu’elle soit dans la vérité de la foi »[2]. Il nous faut la ferveur de la charité et la vérité de la foi, c’est-à-dire adorer dans le feu de l’Esprit Saint et dans la Vérité en personne qui est le Christ lui-même.

Cette adoration ultime, c’est dans l’Eucharistie, « source et le sommet de toute la vie chrétienne »[3] qu’elle se réalise le plus parfaitement : elle est celle du Fils éternel qui adore le Père et s’offre à lui dans la puissance de l’Esprit-Saint. En nous unissant à l’offrande du Fils unique, nous entrons dans son adoration. Bien plus, « son Corps et son Sang nous sont donnés afin que, nous-mêmes, nous soyons transformés à notre tour. Nous-mêmes, nous devenons Corps du Christ, consanguins avec Lui. Tous mangent l’unique pain, mais cela signifie qu’entre nous nous devenions une seule chose. L’adoration devient ainsi union. Dieu n’est plus seulement en face de nous. Il est au-dedans de nous, et nous sommes en Lui »[4].

L’adoration véritable est celle du Christ ; elle est celle de son corps qui est l’Église, c’est-à-dire le rassemblement en lui des enfants de Dieu dispersés par le péché. L’édification de l’Église est l’aboutissement de l’Eucharistie. En communiant au Corps du Seigneur, nous lui sommes unis, incorporés pour devenir en lui une vivante offrande à la gloire du Père et un peuple consacré à la louange de Dieu. Corps du Christ consacré pour l’adoration spirituelle du Père, l’Église est le rassemblement par excellence ; elle a donc besoin de lieux consacrés pour se rassembler corporellement et adorer en esprit et vérité.

[1] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/la-priere-n-a-pas-forcement-besoin-de-lieu-de-rassemblement-castaner-choque-de-nombreux-croyants-20200504

[2] Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’Evangile de saint Jean, n. 611.

[3] Lumen Gentium, n. 11, C.E.C. n° 1324

[4] Benoît XVI, Homélie, XXe Journées mondiales de la Jeunesse à Cologne, 21 août 2005.

Fr. Guillaume Petit