Compassion de Jésus

par | 18 juin 2023

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Le Christ comme pasteur par excellence, comme modèle d’évangélisation, l’envoi des apôtres en mission, les vocations, de cet évangile, nombreux sont les thèmes à traiter. Un manque à cette liste : la compassion de Jésus dans sa relation à son prochain et le zèle qui en découle en vue de réaliser sa mission. À en voir le Christ, la compassion ne s’envisage pas comme un simple sentiment à l’égard d’une fatigue éprouvée par un proche, mais comme une disposition humaine et spirituelle qui face aux difficultés, nourrie d’espérance, entraîne aux oeuvres de miséricorde.

La compassion, comme disposition humaine et spirituelle, engage en premier notre sensibilité. Devant les souffrances et les douleurs ressenties par notre prochain, nous ne restons pas de marbre et indifférent. Devant des situations difficiles, il est humain, normal et bon d’être touché, de laisser monter en nous notre ressenti et y mettre des mots en vue de connaitre et tenter de comprendre ce que l’autre vit. Et il ne s’agit pas de projeter nos sentiments sur ce que l’autre ressent mais de percevoir ce qu’objectivement l’autre ressent, expérimente dans tel ou tel contexte. Tel est l’affectivité du Christ devant ces foules désemparées et abattues. Il perçoit l’affliction des personnes qui composent ces foules comme des brebis sans berger qui ne savent pas où aller ni le chemin à entreprendre pour y tendre.

Une fois que le Christ perçoit le désarroi de ces foules, sa compassion envers les affligés n’en reste pas là. Tel un berger, Jésus prend la mesure de la situation et y remédie en les ouvrant à une toute autre dimension qui les dépasse et les retourne tout en rejoignant leur inclination naturelle au bien et au bonheur. Il prêche que le Royaume de Dieu est tout proche et ainsi les fait entrer dans l’espérance, cette attente d’un bien que l’homme ne peut imaginer par lui-même, que seul Dieu révèle, qui n’advient que par Dieu et en même temps répond au désir d’être fils de Dieu. L’espérance entraine l’homme à considérer la vie éternelle comme la béatitude. Son existence ne s’arrête pas sur cette terre mais continue après la mort qui n’est qu’une transition à la vie céleste. Plus que de belles paroles, cette réalité véritable, nous avons à la toucher du doigt et à la chercher activement. En prêchant la proximité du Royaume de Dieu, le Christ donne à chacun un pilier à son existence. La question de la mort, source potentielle d’un tournis existentiel, s’épuise en considérant l’espérance comme ce qui comble nos cœurs tant l’espoir de l’obtenir revient à posséder dès ici bas la terre promise comme l’héritage du à tout fils adoptifs de Dieu, configurés au Christ.

L’assurance du Royaume de Dieu advient à travers les œuvres de miséricorde du Christ et par elles, s’opère en nous l’exigence d’une véritable conversion. Ainsi, comme lui en a été l’auteur, et comme lui nous a envoyé, par lui, nous guérissons les malades, nous ressuscitons les morts, nous purifions les lépreux, nous expulsons les démons. En tant que chrétiens, et attachés au Christ, nous sommes les intermédiaires de la grâce, des vertus, des dons qui agissent en nos cœurs et nous justifient en nous approchant petit à petit de la ressemblance avec Dieu en vue d’exercer la justice enracinée dans la charité auprès de notre prochain et de Dieu. Autrement dit, cela revient à poser des actes inspirés par l’amour de Dieu qui conviennent à notre nature humaine et poursuivent l’épanouissement de chacun tout en exerçant notre liberté responsable.

La compassion du Christ révèle cette disposition humaine et spirituelle qui active et oriente notre sensibilité face à nos détresses qui se dissipent par l’annonce du Royaume de Dieu en vue de conduire l’homme à sa vocation et d’atteindre la vie éternelle. Le Christ nous la dépose au plus intime de notre être. A nous, il nous revient de la fructifier et prendre part à sa mission.

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Frère François Régis Delcourt