Il rentra en lui-même

par | 30 mars 2025

Dans ce récit, tout bascule quand le fils prodigue rentra en lui-même. Dans ces quelques mots, il est aisé de comprendre qu’il est encore et encore question de conversion. Que ce bel évangile, qui traite de ce thème, tombe pendant le carême n’étonne personne. En ce temps liturgique, il n’y a pas d’autres appels aussi pressants, pas d’autres invitations aussi concrètes que de se convertir encore et toujours. Le Christ nous y appelle hier, aujourd’hui et demain pour la simple et bonne raison qu’il perçoit notre soif intérieure que nous avons de Lui et que Lui seul peut combler. Alors, il nous invite inlassablement à nous convertir : à rentrer en soi ; en étant en soi, à trouver Dieu ; en trouvant Dieu, à se laisser travailler par le baume de sa miséricorde.

 

Que j’aime cette phrase de cette parabole dite de l’enfant prodigue : il rentra en lui-même. Ces quelques mots expriment une réponse, une réponse à un contexte particulier dans lequel cet homme s’est engouffré et fourvoyé en toute liberté, consciemment, tout seul depuis des mois. Il s’est amusé, il a pris la vie avec légèreté. Aujourd’hui, il se retrouve pris au piège. A ce moment spécifique de son existence, il ressent solitude, desséchement et fatigue intérieurs. Et pourtant, en ce moment, où toute source de vie semble s’épuiser, le désir de la vie se manifeste à lui à travers une faim et une soif corporelle, humaine et spirituelle venue de nulle part et pourtant bien réel. Cet homme entend un appel à se poser, à s’arrêter de s’agiter intérieurement, à cesser de s’angoisser de sa condition actuelle. Le temps est venu de casser le rythme de sa vie. Une lueur s’entrouvre en lui. Un besoin essentiel se fait sentir : répondre à cet appel intérieur de mettre son ego de coté, de rentrer en lui-même et de prendre du temps pour soi, de s’assoir et prendre conscience de là où il en est. Tout ce mouvement intérieur désigne les prémisses de la conversion marqué par l’humilité.

 

En rentrant en lui, non seulement, il s’ouvre à lui, il se prend en main et il trouve en lui plus grand que lui. Tel est l’expérience de saint Augustin qui a tant cherché Dieu à l’extérieur de lui-même et qui l’a finalement trouvé à l’intérieur de lui. Car dit-il, tu étais au-dedans de moi. Ainsi, en entrant en soi, Dieu se manifeste à nous, Dieu se laisse trouver et nous comble de sa présence infinie. Ainsi, se crée entre Dieu et l’homme une relation de confiance où l’un et l’autre s’apprivoisent. Alors, Dieu, avec l’assentiment de chacun, travaille avec la grâce le cœur de l’homme. Le principe de la conversion se révèle d’une simplicité déconcertante. Il suffit à l’homme de se reconnaitre pécheur comme le fils prodigue et de s’adresser à Dieu en disant : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Cela nous rappelle le publicain dans le temple qui prie ainsi : mon Dieu, montre toi favorable au pécheur que je suis (Lc 18, 13). Alors l’homme consent à l’œuvre effective de la grâce en lui. L’Esprit-Saint éclaire l’état intérieur de tout homme en étant à la fois ferme et tendre, doux et plein de compassion ; il révèle à l’homme ses péchés, tous les actes qui ne respectent pas la vie comme le bien le plus précieux sans quoi l’homme ne serait pas là.

L’homme est invité à reconnaitre ses péchés et surtout, ceux qui nous guettent le plus à savoir cette fâcheuse tendance à râler, à se plaindre de tant choses, à entretenir un état pessimiste, à perdre du temps dans des commérages vide de sens et à remettre la faute sur les autres. Pour s’en libérer, déposons-les aux pieds du Christ et recevons de lui le baume de la miséricorde qui guérit les plaies, cicatrise les blessures et assouplit les cicatrices. Alors, la conversion se transforme en convalescence de l’être tout entier. L’enjeu de toute convalescence est de se remettre debout, en marche et d’aller au-delà de soi-même. La conséquence de toute conversion nous pousse à prendre et à donner du temps, à s’investir dans des causes qui en valent la peine. En retrouvant espérance, résilience et optimisme, chacun renouvelle selon ses désirs et créativité, ses appétences et compétences, ses engagements pour édifier la société. Relevons les défis de notre époque, notre vie en sera d’autant plus belle, avec des fruits d’une généreuse saveur à distribuer autour de nous.

Cette conversion, notre Père nous invite à l’emprunter. Quand il nous apercevra sur le chemin, soyons certain qu’il viendra à notre rencontre et manifestera sa joie. Il nous considérera comme ses fils, nous accueillera de nouveau et organisera pour nous le festin du Royaume.

Fr. François-Régis Delcourt