La Pentecôte : un événement chacha ou tradi ?
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Le dimanche de Pentecôte serait-il la nouvelle pomme de discorde de l’Église catholique ? Ce
nouveau lieu de confrontation – pour ne pas dire d’affrontement – entre divers courants qui
appartiennent chacun à l’Église mais qu’il est pourtant bien facile d’opposer les uns aux autres ?
C’est que deux mouvances au sein de l’Église, très différentes l’une de l’autre, ont en effet de
bonnes raisons de revendiquer chacune pour elle-même le dimanche de Pentecôte et de se
l’approprier comme étant leur dimanche à elle.
D’un côté, nous avons les charismatiques (les « chachas »), dont l’une des caractéristiques
propres est la place qu’ils accordent justement à l’Esprit-Saint dans la vie chrétienne. A ce titre, le
dimanche de Pentecôte qui célèbre l’effusion de l’Esprit dans le cœur des Apôtres est bel et bien
leur fête et leur dimanche par excellence.
De l’autre côté, nous avons les traditionnalistes (les « tradis ») dont l’une des caractéristiques
propre est le pèlerinage de Chartres qu’ils organisent chaque année en ce dimanche et qui draine
une population toujours plus jeune et plus nombreuse. A ce titre, le dimanche de Pentecôte qui
les réunit des quatre coins de la France (et même d’Europe), est bel et bien leur pèlerinage et leur
dimanche par excellence.
Ces deux courants ont donc bel et bien l’un et l’autre de bonnes raisons de faire du dimanche
de Pentecôte leur dimanche. Sauf qu’ils sont aussi fort différents l’un de l’autre, au point même
de passer pour inconciliables. Tellement que le dimanche de Pentecôte ne pourrait être en même
temps et celui des charismatiques et celui des traditionnalistes. Loin de là il serait même le
dimanche par excellence qui mettrait en exergue cette incompatibilité et nous sommerait de
choisir entre l’un et l’autre camp (sachant que, bien sûr, un seul des deux serait le bon). Ce serait
là d’ailleurs un comble : tandis que l’Esprit-Saint est normalement celui qui fait l’unité dans et de
l’Église, il deviendrait ainsi en réalité celui qui la divise.
Une telle lecture, un brin dialectique, n’est peut-être pas totalement dénuée de fondements.
Et c’est pourquoi il ne manque ni de journalistes ni d’idéologues pour la propager. Elle n’en
demeure pas moins trop superficielle et trop mondaine pour être parfaitement juste. La preuve en
est qu’elle est démentie tant factuellement que théologiquement.
Factuellement, il suffit de constater la réelle porosité qui existe entre ces deux courants qui
sont tout sauf deux mondes étanches en opposition. Bon nombre de ceux qui pèlerinent
aujourd’hui à genoux vers Chartres se retrouveront à lever les bras à Paray-le-Monial cet été. Et
cela ne pose de problème ni aux uns ni aux autres. Théologiquement, il suffit de rappeler qu’il
existe plusieurs demeures dans la maison du Père et que l’Église est un Corps composé de
plusieurs membres différents les uns des autres. L’unité de l’Église n’empêche pas la diversité de
ses membres. Et réciproquement la diversité des membres de l’Église n’empêche pas son unité.
Car, en définitive, là est la question. Au-delà des éventuelles querelles idéologiques, il s’agit
d’avoir une conception juste de l’unité de l’Église telle que nous la professons chaque dimanche
dans le Credo : Je crois à l’Église une, etc. Oui, l’Église est une. Une quant à sa source, à savoir
l’unité des trois Personnes divines. Une quant à son fondateur, à savoir le Christ qui rassemble
tous les hommes en un seul Corps. Une quant à son âme, à savoir l’Esprit Saint, qui unifie et
vivifie de l’intérieur le Corps mystique du Christ.
C’est donc l’Esprit-Saint qui, de l’intérieur, assure cette unité de l’Église en répandant la
charité en cœurs, charité en vertu de laquelle nous nous voulons mutuellement un même bien
commun qui est Dieu. En distribuant la variété de ses dons, variété en vertu de laquelle nous
participons tous, chacun à notre manière, au bien du Corps entier. L’unité de l’Église que l’Esprit
réalise n’est pas l’uniformité ! Loin de s’opposer à l’unité de l’Église, la variété des dons, des
charismes, des grâces, des spiritualités, etc. est une de ses richesses dont l’Esprit Saint la gratifie
en mettant en commun pour le bien de tous les grâces propres à chacun. A travers l’Église,
l’Esprit donne à tous le trésor de chacun et à chacun le trésor de tous.
Tel est cet enrichissement mutuel que certains papes n’ont pas manqué de prôner dans et
pour l’Église. Encore faut-il toutefois que ledit enrichissement soit bel et bien mutuel et non pas à
sens unique. Encore faut-il que chacun accepte non seulement de mettre sa propre richesse au
service des autres, mais plus encore de pouvoir être lui-même enrichi par les autres.
Partir du principe que nous n’aurions rien à recevoir des autres membres de l’Église, que nous
nous suffirions à nous-mêmes, que nous serions les gardiens de la forme parfaite et achevée serait
pour le coup contradictoire avec le mystère même de l’Église, Corps mystique du Christ et
Temple de l’Esprit. Pour le coup, un tel principe serait effectivement source d’oppositions et de
scissions. C’est alors que nous donnerions raison aux modernes qui comprennent la diversité
dans l’Église en termes d’opposition et non de communion.
Demandons à l’Esprit Saint qu’il répande en nos cœurs la charité qui fait notre unité au sein
de l’Église. Amen.
fr. Romaric Morin, op
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