La Résurrection : courir la bonne course
![]()
Ce premier jour de la semaine, comme souvent le dimanche matin, trois personnages, une femme et deux hommes, se mettent à courir, mais selon une course un peu folle : la femme court toute seule, fuyant un tombeau ; les deux hommes courent tous les deux ensemble, revenant au tombeau, et l’un court plus vite. Qu’est ce qui fait courir tout ce beau monde ? Ce sont de saintes courses, effectuées par de saints personnages. Cela fait deux mille ans qu’on les célèbre, deux mille ans qu’on célèbre leur course, bien plus célèbre que n’importe quel Marathon antique, qui d’ailleurs a vu la mort du coureur. La course de l’une provoque la course des autres. Mais ils ne courent pas après n’importe quoi. C’est sérieux. Ce n’est pas non plus une promenade tranquille, encore moins l’ennui de tourner en rond sur ses propres pas, pour rien. Quelque chose mérite enfin de courir, ça en vaut la peine, vraiment la peine. Courons, courons, quelque chose se passe.
D’abord, Marie-Madeleine, notre première championne. Arrivée tranquillement au tombeau, avant tout le monde, précédant l’aube, voilà que la pierre du tombeau a été enlevée et elle en déduit aussitôt qu’on a aussi enlevé le Seigneur. Pour l’instant, pas d’autres hypothèses. Le Seigneur, bien mort, et quelle mort ! – a disparu, déposé ailleurs sans doute. Que fait-elle ? Elle court, oui, pour rejoindre Pierre et Jean. Marie-Madeleine est alors la première course de la charité provoquée par la Résurrection. Elle ne s’afflige pas sur place ; elle ne retient pas sa parole, ni ne ménage son énergie. Elle va, et vite, rejoindre Pierre, le premier apôtre, et l’autre disciple, au surnom si admirable, « celui que Jésus aimait », car il est bien question d’amour. C’est l’amour qui a conduit Marie-Madeleine si tôt au tombeau ; c’est l’amour, un peu affolé, qui l’a fait courir ; c’est l’amour qui l’a fait rejoindre les disciples les plus importants : ceux de l’Eglise, l’un qui commande et enseigne, Pierre, et l’autre qui aime.
Alors, viennent la deuxième et la troisième course. Oui, le disciple bien-aimé, l’amour donc, court plus vite et arrive le premier au tombeau. « Cependant il n’entre pas », dit l’Evangile, car il revient à Pierre, en sa primauté instituée par le Seigneur, d’entrer d’abord, comme si la vérité ouvrait la porte à l’amour, l’autorisant, garantissant à l’amour ce qu’il faut croire puis aimer en vérité.
Reste que c’est l’amour du disciple, bien aimé par Jésus, qui voit et croit. D’un seul coup, toutes les autres hypothèses s’effondrent (avec leur cortège de sceptiques, anciens et nouveaux) : les linges posés, le linceul roulé, bref le mort absent, sont l’étincelle qui fait exploser ce que l’Ecriture disait si fort, si clairement : « il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ».
« Il fallait », oui, pour celui qui connaît les Ecritures, comme d’ailleurs Jésus les avait expliquées : Dieu n’est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vivants, de tous les vivants (cf. Lc 20, 38). Toute autre hypothèse, insiste Jésus, serait dans une erreur profonde, (Cf. Mt 22, 29), une erreur totale, car, précise Jésus, aux Sadducéens qui prétendent tout savoir et que la résurrection est impossible : vous ignorez l’Ecriture et la puissance de Dieu.
« Il fallait », car Jésus accomplit les Ecritures de ce Dieu vivant et qu’il est lui-même le Dieu vivant. Elle est vivante cette Parole, plus vivante que tous les vivants car c’est la vie divine de Dieu lui-même ; c’est la vie divine communiquée à toute la Création ; c’est la vie divine, surtout, qui guérit des péchés, traverse la mort et redonne la vie éternelle avec Dieu.
« Il fallait », car comment concevoir que la longue histoire d’amour mise en place par Dieu dès le premier verset de la Genèse, ne se poursuive pas, malgré le péché et la mort, par un amour encore plus grand : le pardon ; le salut ; la grâce ; la vie éternelle.
Ceux qui ne croient pas à la Résurrection, c’est qu’ils ne connaissent ni le Christ, ni la puissance de Dieu, ni même le désir profond de leur âme. Alors, ils sont prêts à légiférer pour donner la mort… en douceur, comme ils disent.
Curieusement, dans cet Evangile, Jésus n’est pas là. Et pour cause. Il ne sera jamais plus dans un tombeau. Tous les indices convergent vers sa résurrection, cette nouvelle inattendue qui a provoqué ces belles courses. Plus tard, Jésus ressuscité apparaîtra plusieurs fois, pour confirmer sa résurrection. Mais, dans cet évangile, la foi et l’amour suffisent, pourvu que notre course soit bien motivée. Ce va-et-vient d’un tombeau à l’autre, le plein et le vide, est le premier fruit de la victoire du Ressuscité sur la mort. Là, le vide ; en-dehors, la lumière, la vérité et la vie.
Après quoi voulez-vous courir ?
Vous n’êtes sans doute pas venu ce matin à la Messe en courant. Dommage. Il est vrai que vous savez depuis longtemps que le Christ est ressuscité. Vous avez compris les Ecritures, et c’est d’ailleurs plus facile pour nous, car, au temps de notre évangile, les Ecritures, c’était seulement l’Ancien Testament. Nous, nous avons tout le nouveau Testament et même bien plus : deux mille ans de vie de l’Eglise qui célèbre la Pâque, qui célèbre tous les saints renouvelés par la grâce de la résurrection.
Si malgré tout, vous doutez de cette résurrection : relisez les Ecritures. Même l’Ancien Testament devrait suffire ; alors, avec le Nouveau Testament, plus d’excuse.
Mais aussi tant de sainteté, les saints et les saintes, manifestent la puissance et le rayonnement du Christ ressuscité, désormais jusqu’aux extrémités de la terre. Entrer dans l’intimité des saints et des saintes, de leur parcours spirituel, de leur amour du Christ, de leurs œuvres, et vous ne pouvez pas passer à côté de la résurrection, même avec peu de foi au début, mais cependant avec un minimum de charité. A notre tour de voir et de croire.
Plus proche encore, ce croyant, cette épouse, cet enfant, cet handicapé, ce pauvre, ce malade, à qui sait voir, souvent, dans leur cœur, luit une lueur de la résurrection ou l’attend sans doute de notre témoignage.
Je me souviens de ces parents, gênés de me dire, devant leur gamin atteint d’une tumeur au cerveau, fatale, qu’ils n’étaient guère croyants. Et soudain, du fond du lit, le gamin a crié : « eh bien, moi, j’y crois ». Ultime confession avant de retrouver, quelques jours après, l’évidence de sa foi.
Contempler d’abord la vie de la Vierge Marie, de son Immaculée Conception à son couronnement au Ciel. Corps et âme avec son Fils le Ressuscité ; corps et âme, dans ses apparitions ; corps et âme, tout au long de la prière du Rosaire qui retrace tout ce qu’il faut savoir de Jésus ; corps et âme, le jour de notre mort.
Si vous doutez encore de la résurrection, rencontrez tous ceux qui ont été baptisés cette nuit de Pâques, arrivant de partout, attendant ce moment comme le sommet de leur vie. Qu’est-ce qui a travaillé dans leurs cœurs, sinon l’Esprit de Jésus à l’œuvre dans la résurrection de Jésus. Vraiment, nous n’avons aucune excuse.
Comme Marie-Madeleine, comme Pierre, comme Jean, comme les saints et les saintes, comme les baptisés de cette nuit, il nous faut courir la belle course de notre vie, celle de la foi, celle de la charité, celle du Christ ressuscité. Les communautés chrétiennes de l’Antiquité latine le répétaient trois fois, pour célébrer cette vérité fondamentale : Christus vere resurrexit : oui, vraiment, il est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Vraiment !
fr. Gilbert Narcisse, op
![]()