La Vierge et la Croix
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« Il y eut des noces à Cana de Galilée, la mère de Jésus était là ». (Jn 2,1)
Première nommée dans le récit, la mère de Jésus, était déjà là, au tout début du ministère public de son fils, «Or prés de la croix de Jésus se tenait sa mère», (Jn 19,25) -nous l’entendront dans la lecture de la Passion dans un instant- l’un associé à l’autre, au terme comme au départ.
« Et se tenant prés d’elle, le disciple que Jésus aimait » (Jn 19, 26). Avec sa mère et ce disciple, ce sont les derniers personnages nommés tel quel par l’évangéliste Jean avant la mort de Jésus.
Elle seule, est au plus prés de la croix. Lui seul – le disciple que Jésus aimait – est près d’elle qui était prés de la croix. Quelques uns sont là aussi, non loin, surtout des femmes et beaucoup d’autres mais à distance.
Et nous ? Ce soir ? Où sommes nous ?
Dans l’Évangile de la Passion, Jean ne rappelle pas la prophétie du vieillard Siméon :« Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive », (Lc 2,35) car « sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur » (Lc 2,51).
Elle est femme, elle est mère, elle se tient en silence, elle ne fléchit pas, elle ne vacille pas, elle ne tombe pas en pâmoison comme des peintres l’ont parfois représentée. Ce serait lui faire injure. En tout cas ce n’est pas la vérité ! Elle tremble en son cœur, mais elle ne s’enfuit pas devant l’accomplissement de la prophétie de Syméon qui la traverse.
Et combien l’auront compris qui – pour parvenir à entrer dans ce mystère de la croix – seront passés par elle et se seront approchés d’elle -qui est si prés de la croix. C’est pour cela qu‘elle est tellement honorée dans les plus grands sanctuaires du monde.
La voici maintenant entourée de ses deux fils :
Celui qui – né du don de l’Esprit et de sa chair – va mourir dans quelques instants.
Celui qui, dans quelques instants, va naître dans l’esprit lorsque Jésus rendra son esprit et qu’il la recevra
pour mère.
Tous les deux, mère et disciple, dans une relation de réciprocité où chacun tient sa place.
– Elle est prête,
– Lui, le disciple prés d’elle, est en apprentissage
Elle, -au pied de la croix-, -la 1ere- à entendre,voir et recevoir; elle reçoit l’eau et le sang qui coule du côté transpercé de son Fils. Le disciple aussi, entend, voit et reçoit mais médiatisé alors à travers ce que le glaive achève de façonner en la mère de Jésus.
Et la toute première génération de ceux qui prendront chair d’Église sont là, entendent et écoutent, regardent et voient, et reçoivent.
Nous appartenons aux générations d’après, qui se succèdent, pour entendre et écouter, pour regarder et
voir et pour recevoir et accueillir, après tant d’autres. Pour contempler, comprendre et en vivre, il nous faut maintenant rejoindre, en esprit et en vérité, le Golgotha où se tiennent la mère de Jésus et le disciple.
Personne ne pourra le faire à notre place.
C’est la condition pour entrer dans le mystère de notre salut.
Tout à l’heure, la croix voilée du Christ va passer au milieu de nous, dans notre assemblée, tout prêt de
chacun d’entre nous, à nous effleurer. Sans crainte, à son passage, nous nous tournerons vers la croix,
nous la suivrons du regard, nous orienterons notre corps, vers elle quand la croix passera à notre proximité, dans l’allée centrale de l’église.
Ne manquons pas ce passage aujourd’hui ! Ne manquons pas ce rendez-vous ! Cherchons à voir et à
regarder la croix ! Que notre corps, que notre tête, que nos yeux, manifestent visiblement l’intérêt que
nous portons au signe de notre salut. Que notre corps manifeste visiblement ce que la Croix est secrètement pour nous, dans notre cœur, dans
notre corps et dans notre histoire. Le Christ lui, sait ce que nous sommes pour lui. La Croix sera encore voilée, passant auprès de nous, avant d’être ensuite progressivement et lentement dévoilée. A l’image de ce qu’elle dévoile pour nous, dans la durée de notre vie. C’est quand elle est passée auprès de nous, qu’on commence à entrevoir ce qu’elle signifie et pour le monde et pour chacun d’entre nous. Et son mystère sera lumineusement déployée dans la splendeur de sa gloire.
Nous avons encore, tant à découvrir de ce mystère unique d’amour. Il n’y a eu qu’un seul acte d’amour vrai dans l’histoire des hommes; et il a été suffisant pour tout changer, et sa puissance de rayonnement est telle que par la grâce l’Esprit Saint, il a suffi d’une seule fois pour que tout soit accomplit. Et c’est suffisant pour que nous nous accrochions au seul acte de l’histoire humaine dans lequel s’entremêlent, se conjuguent d’une manière équilibrée Amour et Vérité.
Ensuite après le dévoilement de la Croix et de son mystère, sortant de notre rang, nous prendrons le chemin emprunté par Jésus, par sa mère, suivi par le disciple et nous monterons au Golgotha pour vénérer le bois de la Croix. Car en effet, c’est bois de la Croix que nous venons vénérer Le bois de la Croix, c’est le supplice que nos péchés ont infligés à Jésus : la mort à notre place. Nous avons laissé mourir un innocent.
Et d’une manière humainement incompréhensible, nous en sommes sauvés. Quand je viens vénérer personnellement le bois de la Croix, c’est ma propre croix que je viens vénérer, c’est-à-dire ce que Jésus a fait pour moi. Ce par quoi, je découvre ce qu’il a fait pour moi, ce qu’il a fait de moi : un disciple bien aimé ! Il m’a sauvé ! En faisant jaillir de son cœur la miséricorde de son Père, me rendre la vie; et me donner dès maintenant la vie éternelle.
Laissons-nous embrasser par le mystère salvifique qui nous sauve et qui sauve le monde On ne comprend pas toujours ! Et nous allons nous approcher du Golgotha, nous le faisons en Église à la suite de tant d’autres qui nous ont précédés, pour nous tenir -comme le disciple bien aimé- près de la Vierge Marie. Et nous pouvons le faire pour beaucoup de raisons :
– Tout d’abord dans une démarche d’action de grâces pour tout ce que nous avons reçu et compris de ce
mystère du Salut qu’est la croix du Christ, depuis le jour de notre baptême ….
– Et il s’en est passé des choses !!!!
– Ensuite nous pouvons le faire comme un acte d’Espérance confiante, sachant que nous n’avons pas été
abandonné dans l’épreuve et que nous ne le serons pas dans celle qui nous attendent.
– Nous pouvons le faire encore comme acte de Foi car l’épreuve de la croix est peut-être là aujourd’hui dans notre vie. Nous sommes dedans et elle nous dépasse.
– Nous pouvons le faire dans un acte de Charité où nous prenons ce mystère bien-aimé sur nous pour ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ.
– Il peut y avoir encore une multitude d’autres raisons pour venir vénérer la croix ; raisons qui appartiennent à chacun, dans le secret du cœur.
La mère de Jésus sera toujours là et toujours elle nous soutiendra, si nous restons auprès d’elle. Comme le disciple bien-aimé que nous sommes appelés à devenir, prenons la mère de Jésus chez nous. Amen.
fr. Pierre-Alain Malphettes, op
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