Le peuple qui veille

par | 11 août 2019 |

Frère Pavel Syssoev

Heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller.

Le peuple veille dans la nuit de Pâque, et cette veillée est le commencement de salut. Les patriarches veillent dans la foi, et dans leur veille s’accomplit la promesse. A nous aussi le Christ ordonne de veiller, en tenue de service, dans l’attente de son retour. Heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller.

S’assoupir, se laisser glisser dans le sommeil, ne plus être tendu vers Dieu, ne plus le désirer, se laisser porter par des puissances de ce monde, perdre le trésor de notre vie intérieure – tel est le danger auquel tous nous sommes exposés. C’est un grand mystère que de porter le Christ en soi. Ce don peut être abîmé, sans qu’on le perçoive, par notre négligence.

Tel mariage, ce don précieux de Dieu, sombre peu à peu dans l’indifférence. Ce qui a été une merveille devient peu à peu un fardeau. Telle vocation consacrée née d’un désir de Dieu s’installe dans le confort et l’attention permanente à sa petite personne. La vie de la foi si elle n’est pas entretenue, créée à neuf s’abîme et dépérit. Les chrétiens éteints sont ce sel dénaturé, cette lumière obscurcie qui prive le monde de sa joie.

Comment veiller ? Comment ne pas perdre ce qui constitue le trésor le plus intime de notre vie ?

D’abord, ne pas s’installer dans ce qui est passager. Puis, aimer. Enfin, prier.

Ne pas s’installer dans ce qui est passager. Le peuple de Dieu est un peuple de pèlerins, un peuple de l’Exode. Nous sommes tirés des ténèbres vers l’admirable lumière de Dieu. Dieu nous tire de nos propres ténèbres : de ce qui est si mesquin, si égoïste, si ridicule en nous – Dieu nous mène vers l’univers large et splendide de sa grâce et de sa liberté. Hors des ténèbres de ce monde : de tout ce qui ne peut que vieillir et disparaître, des fausses joies, des trésors illusoires, des préoccupations inutiles, Dieu nous mène vers sa grande œuvre où nous trouvons notre dignité des hommes et des femmes de Dieu. Les patriarches qui portent la promesse, ceux en qui est engendré le monde à venir – telle est notre vocation. Aussi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une ville.

Aimer. Ce qui signifie désirer le bien d’un autre que soi. S’oublier quelque peu pour servir, dans l’humble quotidien, notre prochain et sa joie. L’humble quotidien – c’est tout ce que nous avons. Être du nombre de ces intendants fidèles et sensés qui donnent à chacun cette part du trésor qui nous est confié. Le trésor de notre foi n’est pas pour nous, il est pour les autres. Le trésor de notre vie nous est donné pour être dispensé pour les autres. Jour après jour, instant après instant, les parents qui se donnent pour la vie de leurs familles, les prêtres qui se donnent pour la vie de l’Église, les amis de Dieu, secrets et cachés, qui se donnent pour le salut de tous – aimer dans l’humble service quotidien, c’est veiller dans les crépuscules, c’est porter la lumière du Christ jusqu’aux limites de ce monde.

Prier, enfin. Revenir sans cesse vers ce centre de notre vie qu’est Dieu. Ne pas se laisser happé par le superficiel, par le périphérique, par l’illusoire. Puiser dans la source de la vie véritable, demeurer auprès de Dieu, car c’est lui le maître de la vie, car c’est lui notre sauveur, car c’est lui qui vient vers nous pour juger les vivants et les morts. Veiller avec lui. Heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller.

Frère Pavel Syssoev

Frère Pavel Syssoev