Le plus gros krach financier de tous les temps

par | 13 novembre 2018 |

Frère David Perrin

Panique aujourd’hui sur les marchés financiers ! Nous vivons sans doute, mesdames et messieurs, le plus gros krach boursier de tous les temps ! Les meilleurs experts, scribes, analystes, pharisiens et légistes s’affolent. Les actions sont en chute libre. Même l’or est dévalué ! Une monnaie inconnue vient de faire une entrée fracassante à la bourse ! D’après nos premières informations, il s’agirait de deux petites pièces qui auraient été introduites ce matin, 10h30, dans le Temple de Jérusalem. Leur valeur grimpe en flèche ! C’est à peine croyable quand on sait qu’elles n’excédaient pas, à l’ouverture, cinquante centimes d’euros. Les anges n’en finissent plus depuis d’aligner les zéros. Ça y est ! La nouvelle vient de tomber. Ces pièces, nous l’apprenons à l’instant, proviennent de la banque des banques. Le visage du Fils de Dieu est gravé sur elles. Pas de doute, cette menue monnaie est frappée du sceau divin de la CHARITÉ.
La charité donne aux actions humaines une valeur sans pareille, surnaturelle. Sans elle, on ne peut gagner le Royaume de Dieu. Il ne suffit pas d’être un homme bon pour être sauvé. Si notre générosité, notre amour, nos bons sentiments ne sont pas surélevés et perfectionnés de l’intérieur par la grâce, nous ne serons pas dignes du Royaume de Dieu. Il nous faut donc passer au bureau de change, convertir nos actions pour qu’elles couvrent les frais, les dommages et intérêts causés par nos péchés et surtout qu’elles nous placent à la hauteur de Dieu. Il faut ouvrir notre compte au ciel pour que l’Esprit Saint verse dans nos âmes sa grâce qui nous donnera d’aimer Dieu et notre prochain comme Dieu lui-même s’aime et aime ses créatures.
Car le propre de la charité divine est d’être reversée par celui qui l’a reçue. La charité est une étrange monnaie qu’on ne peut garder pour soi. Celui qui voudrait la retenir ou qui aurait peur de la donner, la perdrait aussitôt. La charité donne à ceux qui n’ont presque rien de donner le peu qu’ils ont. Dans leur pauvreté même, ils sont les plus riches des hommes, même s’ils l’ignorent. C’est ce que nous apprend cette pauvre veuve qui a mis ce matin ces deux pièces dans le trésor du Temple. Elle n’a pas mis objectivement grand-chose mais elle jeta tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. La traduction n’est pas très bonne. Saint Marc dit plus littéralement : Elle jeta toute sa vie. C’est pourquoi Jésus dit qu’elle mit dans le Trésor plus que tous les autres. Le Christ ne s’intéresse pas tant au montant du chèque qu’au montant de l’amour, non pas tant au nombre de billets sortis du portefeuille qu’à la flamme d’amour qui sort du cœur. L’action qui, à ses yeux, est hors de prix est celle qui est faite sous la motion de son Esprit Saint.
Pour recevoir cette charité qui inspire nos actes et leur donne une valeur divine, il nous faut un cœur de pauvres. Nous ne pouvons pas exiger de Dieu qu’il nous donne sa grâce. L’Amour de Dieu ne se mérite pas, ne s’achète pas. Il se mendie à genoux. Il nous faut aussi un cœur de veuve, un cœur vaillant. Le cœur de la veuve de Sarepta est un cœur ébréché mais qui bat courageusement, un cœur blessé mais qui ne s’est pas refermé sur lui-même, un cœur qui est demeuré ouvert à la souffrance et au malheur d’Élie, un cœur qui a su partager le peu qu’il lui restait. Le cœur de la veuve du Temple aussi est un cœur blessé. Cette femme aurait voulu donner au Seigneur bien davantage mais tout ce qu’elle avait, elle l’a donné et le miracle a eu lieu. Elle a donné à Dieu le peu qu’elle possédait avec tant de cœur qu’elle lui a donné sans le savoir son cœur.
Fr. David Perrin o.p.

Frère David Perrin

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