Lumière née de la Lumière
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Homélie pour le jour de Noël
Au commencement, Dieu dit : « Que la lumière soit ! » et la lumière fut (cf. Gn 1). Au commencement, Dieu dit encore : « Que la lumière soit » et Jésus fut, le Verbe s’est fait chair, un sauveur nous est né.
Pourtant, il était déjà beau ce premier commencement : la lumière de la création, comme une immense guirlande à travers l’univers ; la lumière du cosmos, la lumière de la vie. Tout s’illumine, du plus profond de la terre, dans les gouffres marins ; et même l’obscurité des espaces lointains est remplie de la lumière des étoiles et du petit et grand luminaire, la lune et le soleil. Déjà, la lumière dans les yeux, tous les yeux de la création, captant la lumière en une superbe photographie, en une interminable cinématographie, lumière née de la lumière pour contempler les couleurs, les formes et les mouvements.
Tant de beauté aurait suffi à un émerveillement éternel. Mais il fallait davantage, au commencement encore Dieu créa ainsi l’homme et la femme. Ils ont reçu une belle lumière, la lumière de leur intelligence. Ils ont reçu de beaux yeux, bleus sans doute, pour tout voir. Par cette lumière, ils ont prononcé le premier verbe de Dieu, en nommant toute chose, en disant ce qu’elles sont, chacune par leur nom. L’histoire aurait pu être ainsi, une belle histoire où l’homme racontait déjà la gloire de Dieu à travers la création.
Pourtant, ni la lumière du soleil, ni la lumière des hommes, pas même celle des anges n’ont suffit. Surtout qu’une étrange obscurité, imprévue et maléfique, risquait de tout gâcher. Il y a les porteurs de la vraie lumière ; il y a le porteur de la fausse lumière, Lucifer, qui éteint tout sur son passage, en donnant l’illusion d’éclairer. Les ténèbres ne sont plus là pour la lumière mais engendre les ténèbres comme si la lumière de Dieu s’éteignait. Et les beaux yeux bleus d’Adam et d’Eve deviennent noirs et voient tout en noir.
Alors, voilà Noël, un nouveau commencement, une nouvelle lumière : le Verbe de Dieu en personne. Non plus la lumière des étoiles, trop lointaines et anonymes, même si elles serviront encore pour les mages. Mais la lumière de Dieu en personne, c’est autre chose, car c’est une lumière, faut-il dire cette évidence, qui éclaire et qui vient faire sa demeure en nous. Une lumière qui n’est pas seulement une excitation de photons mais une lumière qui bientôt parlera, avec des vrais mots humains ; une lumière qui guérira notre intelligence aveuglée par le péché, lui apprenant à parler à nouveau de Dieu, avec Dieu, mélangeant ainsi les paroles humaines aux paroles divines. Car Noël, c’est Dieu qui apprend la langue des hommes pour que les hommes apprennent la langue de Dieu.
Pour l’instant, le petit enfant Jésus est dans la crèche et, comme tous les bébés, il ne parle pas, il gazouille ou pleure quand il a faim. Le Verbe de Dieu commence par ne pas parler comme pour nous avertir qu’un rude combat se prépare entre la lumière et les ténèbres. Jésus a commencé dans le silence de sa nativité et finira dans le silence de sa mort. Mais entre-temps, il dira : « Je suis la lumière du monde ! » et ensuite : « Je suis la résurrection », c’est la lumière définitive, ce en vue de quoi toutes les autres lumières étaient là, pour rendre témoignage à cette lumière divine.
Est-elle loin cette lumière divine ? Sachez la reconnaître dans ce petit et divin enfant de la crèche et dans les regards émerveillés de Marie et Joseph, et même toute la création, car on a cru bon d’y ajouter les animaux, comme s’il fallait tous les yeux du monde, les gros yeux du bœuf et l’œil têtu de l’âne, oui, tous les yeux pour se réjouir de cette lumière.
Est-elle loin la lumière divine ? Elle est en Jésus, Fils unique du Père, pour que nous devenions enfants de Dieu car « la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » et l’on parle de plénitude de grâce, de grâce après grâce reçue par tous les contemplatifs de la crèche. Les yeux de la chair deviennent alors les yeux de la foi, toute tendue par cette promesse qu’un jour nous verrons Dieu, face à face.
Est-elle loin la lumière divine ? Elle était déjà dans ce commencement quand ton âme a été créée par Dieu, âme spirituelle et immortelle, avec une étincelle quasi divine, prête à s’enflammer à nouveau, à recevoir ce don imprévu de la vie divine, la lumière de la grâce, celle qui fait croire, celle qui permet d’aimer, celle qui s’épanouira au ciel plus lumineuse que toute lumière, plus lumineuse que les fausses lumières.
On a donc raison, à Noël, de mettre beaucoup de lumière, en attendant la fête de la lumière par excellence, pour célébrer la Pâque du Christ. Mais déjà, une lumière est dans le monde, et dans chaque Noël, car chaque Noël est un commencement pour celui qui en reçoit la lumière, qu’on soit jeune ou très vieux, peu importe, nous avons l’âge de la lumière que Dieu nous donne ; nous avons l’âge de l’éblouissement de nos yeux ainsi ravis.
En Jésus, Dieu n’est pas une lumière vague, sans âme, ni personne, encore moins un éclat comateux, mais un homme, vrai homme et vrai Dieu, visage d’un enfant et bientôt visage d’un homme mûr, une lumière qui parle, qui parlera beaucoup, pour toujours dire la vérité ; une lumière qui regardera le monde avec des vrais yeux ; qui regardera surtout le cœur de l’homme avec une vraie tendresse, une douceur infinie. La vraie lumière regarde ainsi, avec des yeux humains, avec des yeux divins, pour que notre joie soit parfaite.
Le soleil, les étoiles, c’est déjà si beau ; tant de lumière dans les cœurs et dans l’intelligence des hommes, c’est déjà très beau ; mais, dans l’Enfant-Jésus, dans la fête de Noël, dans le Christ sauveur, nous avons la lumière, éternellement née de la lumière, plein de grâce et de vérité, tout cela pour nous, lumière venue chez les siens pour être reçue. Il suffit d’ouvrir les yeux.
fr. Gilbert Narcise
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