Passer de la mort à la vie
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« Je ne meurs pas, j’entre dans la vie » (Lettre 244 du 9 juin 1897). Ces mots de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Saint Face pourraient bien être ceux de Marie-Madeleine. Au fond, ils sont les mots que tout chrétien peut prononcer. Ils dessinent l’itinéraire de la vie chrétienne : passer de la mort à la vie. Sainte Marie-Madeleine a vécu cette pâque tout au long de sa vie : elle est passée de la mort à la vie en étant délivrée par le Christ des sept démons qui enfermaient son âme (cf. Lc 8, 2). Elle a pu goûter à la liberté véritable des enfants de Dieu. Et pourtant, ce matin, c’est le visage tourné vers la mort qu’elle s’approche du tombeau : « c’était encore les ténèbres » (Jn 20, 1), précise saint Jean. Elle n’a d’yeux que pour ce tombeau qui l’obsède (4 occurrences en quelques versets). La mort paraît régner : c’est un mort que Marie-Madeleine pleure, c’est un mort qu’elle vient embaumer. Et la mort paraît grandir encore : le tombeau est vide. Non seulement le Seigneur est mort, mais même son corps a disparu. Il n’y a plus rien.
La puissance de vie du Seigneur peut alors se manifester. Après le premier privilège qui consiste à voir les anges, Marie-Madeleine voit Jésus, sans le reconnaître. Le jardinier l’appelle une première fois et elle se retourne vers lui. Elle lui fait face et c’est alors que survient le second appel : « Marie – Rabbouni ! » (Jn 20, 16). Marie était déjà tournée vers le Seigneur et elle se tourne une seconde fois vers lui : il y a eu d’abord ce retournement physique ; il y a ensuite le retournement du cœur qui reconnaît le Seigneur. Si le Seigneur lui demande de ne pas le retenir, c’est qu’il lui faut passer à une nouvelle manière de le connaître, un mode proprement surnaturel : « Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi » (2Co 5, 16). C’est alors que Marie-Madeleine reçoit son un troisième privilège : elle est chargée d’évangéliser les apôtres. Elle devient apôtre des apôtres ! La vie surabondante du Ressuscité se communique de proche en proche. Le désir de Marie-Madeleine qui l’avait conduite au tombeau trouve maintenant sa réponse : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! » (Ps 62, 2-4).
Ce même itinéraire de foi nous est proposé aujourd’hui. Il s’agit pour nous aussi de passer de la mort à la vie avec le Christ. Dans chaque circonstance douloureuse de notre existence, dans chaque mort que nous vivons – deuil, rupture, maladie, état du monde – la puissance de vie du Seigneur est à l’œuvre : il a vaincu la mort. Que sainte Marie-Madeleine nous obtienne la grâce de reconnaître le Ressuscité plus puissant que toutes nos morts. Amen.
fr. Guillaume Petit, op
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