Prises d’habit 2019

par | 21 septembre 2019

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Sermon de prise d’habite à Marseille,
le 14 septembre 2019.
Chers Etienne, Edouard et Ambroise.
Je voudrais m’adresser à vos familles sans oublier ceux et celles qui ne sont pas là. Merci à vous qui accompagnez Etienne, Edouard, Ambroise dans ce premier pas. Ils sont plein de joie – avec peut-être un peu d’appréhension pour ce qui va se passer ensuite – et vous-même partagez sans doute cette appréhension avec sans aucun doute émotion voire un légitime pincement de cœur. Que vont-ils faire dans cette galère ? Pourquoi ce changement ? Je voudrais vous dire que nous comprenons et voulons être attentifs à ce que vous vivez.
Etienne, Edouard, Ambroise, vont changer d’habit. Dans la vie civile, les tenues varient selon les circonstances : mariage, travail, sortie entre amis, bricolage… Ce que nous portons nous donne une identité, délivre un message. Il arrive qu’il y ait des confusions. Je pense à cet enfant qui après m’avoir scruté est retourné déçu vers sa maman en disant : Non maman, ce n’est pas un chevalier Jedi. Votre habit dominicain dira quelque chose de vous, ce que vous commencez à être. Il faudra apprendre à le porter dans toute sa signification, se laisser former par ceux qui portent le même habit mais depuis plus longtemps !
Revêtir l’habit de l’Ordre, c’est entrer plus profondément dans la consécration de votre baptême selon ce mode particulier de la vie religieuse dominicaine. En le portant, vous reconnaissez que tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, doit l’être au nom du Seigneur Jésus et avec Lui. Et c’est vrai que le Seigneur est présent dans la liturgie comme dans les services communautaires, dans l’étude comme dans comme dans la vie fraternelle, dans la prédication comme dans le silence de la prière. C’est ainsi que nous ne changeons pas de vêtements. Il n’y a donc plus à s’inquiéter sur ce que vous porterez : une seule et même tenue qui dit la consécration de votre vie à Dieu.
Le Père Cormier, que vous apprendrez à connaître, disait aux novices : « Il y aurait de l’affectation à changer continuellement d’habits, à les faire blanchir plus souvent que la communauté sans nécessité et sans permission »[1]. Et s’il parlait même des chaussures trop luisantes, il commandait toutefois d’être toujours propres dans ses habits ! Donc, ne pas changer trop souvent d’habit ne signifie pas licence à la clochardisation ! Si votre robe se colore de poussière, que ce soit le reflet de la misère du monde que vous accueillez pour la présenter à la miséricorde de Dieu !
Dans la Bible, le don d’un habit est souvent signe de cette miséricorde. C’est ainsi que Dieu, après le péché originel, donne une tunique de peau à Adam et Ève, pour qu’ils puissent se tenir l’un devant l’autre, et ensemble devant Dieu (cf. Gn 3, 21) sans honte ni crainte. Sem et Japhet ont recouvert la nudité de leur père Noé pour qu’il puisse se tenir à nouveau devant tous (cf. Gn 9, 23), sans honte ni trouble au visage. C’est encore un vêtement – et le plus beau – que le Père du fils prodigue fait revêtir à son fils repentant (cf. Lc 15, 22). Et comment ne pas penser non plus à cette œuvre de miséricorde qui consiste à vêtir ceux qui sont nus (cf. Mt 25, 36) ? Ils n’ont, dès lors, plus besoin d’aller se rhabiller ! En cette fête de la croix glorieuse, d’autres vêtements nous viennent à l’esprit. Il y a ceux du Christ, dont la tunique sans couture, qui sont tirés au sort par les soldats et qui laissait Jésus nu sur la Croix (cf. Lc 23, 34 ; Jn 19, 23). Dès lors ce n’est plus d’un vêtement de peau dont Dieu veut nous revêtir, mais du Christ même (cf. Ga 3, 27) afin que nous puissions nous tenir devant Dieu comme ses enfants bien-aimés (cf. Ep 1, 4 ; 1 Th 3, 13).
L’habit que vous recevez aujourd’hui est une réponse à ce que vous avez demandé : la miséricorde de Dieu et celle des frères. Je relève deux dernières choses. Vous recevez l’habit de l’entrée dans la Vie, du Père Vayssière, ancien provincial, mort en odeur de sainteté. Il a été, de longues années, le gardien de la grotte de Marie-Madeleine, l’Apôtre des Apôtres, l’Apôtre de la miséricorde dont elle avait tant reçu. Chaque jour priez-le. Confiez-vous à lui et confiez-lui la Province. Ensuite, rappelez-vous que la légende dit que Marie, mère de miséricorde, a donné cet habit au bienheureux Réginald d’Orléans que vous voyez sur un des vitraux de cette église. Le scapulaire et le rosaire qui en font partie vous le rappelleront. Aujourd’hui, mes mains seront moins douces je le crains. Mais que la bienheureuse Vierge Marie, celle qui a emmailloté l’enfant Jésus dans la crèche, qui lui a donné son premier habit, vous enveloppe dès vos premiers pas dans la vie dominicaine. Qu’elle vous garde et vous conduise vers son Fils.
Fr. Olivier O.P., Provincial

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