Saint Benoît, patron de l’Europe ? Quelle drôle d’idée !

par | 11 juillet 2025

Lorsque l’Église proclame la sainteté de l’un de ses fils, elle honore avant tout le Dieu un et trine, de qui vient tout don parfait. Dieu est glorifié dans l’assemblée des saints : quand il couronne leurs mérites, ce sont ses propres dons qui sont couronnés (cf. première préface des saints). L’Église nous offre aussi un modèle, une famille et un intercesseur pour que nous puissions courir jusqu’au bout l’épreuve qui nous est proposée. Que saint Benoît, homme de prière qui s’est consommé dans le chant incessant de la louange divine, soit un intercesseur aussi bien qu’un membre de la famille, c’est évident. Mais en quoi est-il un modèle ? Après tout, nous ne sommes pas des moines ! Qu’a-t-il à nous apporter, ce saint vieux de quelque quinze siècles ?

Le pape saint Grégoire le Grand rapporte, dans le prologue de la Vie de saint Benoît : « Il ramena en arrière le pied qu’il avait comme posé sur le seuil du monde, de peur que, si quelque chose de la science mondaine ne venait à l’atteindre, il ne tombât ensuite tout entier dans un énorme précipice. Ainsi donc, il méprisa les belles lettres ; et, ayant abandonné la maison et les biens de son père, ne songeant à plaire qu’à Dieu seul, il désira recevoir l’habit de la vie monastique »[1]. Soli Deo placere desiderans : voilà en son jaillissement même, la source de la vie de saint Benoît. Il désirait ne plaire qu’à Dieu. Sa règle est tout entière ordonnée à cette fin : elle se veut « une école du service du Seigneur »[2] qui ne reçoit parmi ses membres que celui dont on s’est assuré soigneusement « s’il cherche vraiment Dieu »[3].

La recherche de Dieu – les psaumes la décrivent avec abondance : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » (Ps 62, 1) – est si essentielle que saint Benoît la place au tout début de la Règle : « Écoute, mon fils, les préceptes du maître et tends l’oreille de ton cœur »[4]. Cette recherche est la suite, la conséquence, d’une intervention fondamentale de Dieu qui se révèle le premier et qui parle au plus secret du cœur de l’homme en semant en lui une inspiration intérieure qui invite à croire (Sum. theol., IIa-IIae, q. 2, a. 9, ad 3m). Ce qui est premier, c’est donc cette impulsion théologale, qui précède toute organisation pour y répondre. La réponse immédiate de l’homme, c’est d’écoute et scruter les profondeurs invisibles de Dieu qui invite à sa rencontre. Il s’agit donc d’entrer dans le silence de la cellule intérieure de notre cœur pour y écouter la Parole de Dieu qui se murmure dans la brise légère (cf. 1R, 19, 12) du silence. Que ce soit dans la lectio divina, l’oraison, la méditation, l’office divin, le rosaire, peu importe : que chacun suive les inspirations du Saint Esprit pour apprendre à écouter !

La culture occidentale se noie dans le bruit et s’éclate dans tous les divertissements qui éparpillent l’homme. A l’inverse, le chrétien se laisse unifier dans le silence par la Parole vivante de Dieu qui devient son centre de gravité. Saint Benoît, en enseignant à « passer des réalités secondaires aux réalités essentielles, à ce qui, seul, est vraiment important et sûr », nous apprend à « trouver le définitif derrière le provisoire »[5]. Voilà peut-être le plus grand service à rendre à cette Europe dont saint Benoît est le patron – revenir aux racines chrétiennes qui l’ont façonnée en cherchant Dieu et en fondant notre vie sur lui seul. Amen.

fr. Guillaume Petit, op

[1] Saint Grégoire le Grand, Dialogues II, prologue, Téqui, 1978, p. 97.

[2] Saint Benoît, Règle, Prologue, Éditions de Solesmes, 2011, p. 11.

[3] Op. cit., chapitre 58, p. 80.

[4] Op. cit., Prologue, p. 7.

[5] Benoît XVI, Discours au collège des Bernardins, 12 septembre 2008.

Fr. Guillaume Petit