Solennité de l’Immaculée Conception

par | 9 décembre 2018 |

Frère David Perrin

J’ai vu, un jour, dans un verger, un arbre immense, majestueux, qui portait du fruit en abondance. Incalculable était le nombre de ses fruits. Lorsque je m’approchais pour les regarder, je m’aperçus, avec stupeur, qu’aucun n’était sans défaut. Tous les fruits de cet arbre étaient frappés d’un ver ou d’une maladie qui les avaient abîmés, déformés et gênés dans leur croissance. Beaucoup, heureusement, avaient réussi à mûrir et méritaient d’être récoltés. Mais combien étaient corrompus, brunis et prêts à tomber ! Au pied de cet arbre, le sol était jonché de fruits morts et pourris. Quel gâchis ! J’avais beau chercher entre les branches un fruit sain, je n’en trouvais point. Même les bourgeons étaient rabougris. Les fleurs, à peine écloses, semblaient passées. Toutes n’étaient pas sans grâce, certes, mais leur beauté, déjà, étaient gâtées. À la vue d’un tel spectacle, je pensais que cet arbre était maudit, qu’il ne réussirait jamais à produire de fruit sain et parfait, quand soudain, au milieu des feuillages, je vis une fleur à nulle autre pareille, sans défaut, absolument intacte. Aucun mal ne semblait l’avoir atteint. Aucun vers, aucun insecte ne l’avaient piquée. Cette fleur avait été miraculeusement préservée. Elle était pure, indemne de tout mal.
Cet arbre, vous l’avez compris, c’est notre humanité marquée et corrompue par le péché originel, cette fleur intacte et pure de tout péché, c’est la sainte Vierge Marie : l’Immaculée Conception. Ces fruits qu’on ne peut dénombrer, ce sont tous les êtres humains issus de la descendance d’Adam et Ève. Le vers du péché originel est en chacun des fils d’Adam comme dans un fruit. Nous contractons le péché originel à l’instant précis où nous sommes conçus : au moment où notre âme créée par Dieu rencontre cette matière corporelle transmise par notre père et par notre mère et vient l’animer. Dès cet instant, notre nature est détraquée, corrompue. Si Dieu ne vient habiter notre âme, ce mal prospère et nous conduit fatalement à la mort. Il faut que la grâce du Christ s’infiltre dans notre âme et vienne extirper de nous ce mauvais germe pour qu’elle vive de la vie éternelle de Dieu. Mais même après avoir été sanctifiée, au jour du baptême, notre âme garde les séquelles du péché. Elle porte encore sur elle les traces du péché, comme ces fruits qui, malgré leur bonté, portent encore les marques de leur difformité originelle. Aucune âme humaine n’est donc parfaite et immaculée. Une seule ou plutôt deux seules âmes font exception : celle de la bienheureuse Vierge Marie et celle de son Fils Jésus-Christ.
Dieu, en effet, a voulu que celle qui l’accueillerait à l’intérieur d’elle-même, dans son ventre, soit pure de tout péché. Il offrit à celle qui allait être sa demeure la grâce originelle. Au premier instant de sa conception, en effet, la bienheureuse Vierge Marie a été sauvée par Dieu, graciée avant l’heure, préservée de tout péché, comblée de grâces à un degré qu’on ne peut imaginer, en vue des mérites de son Fils. La sainte Vierge a poussé sur l’arbre de l’humanité comme la plus belle des fleurs après celle, bien sûr, qu’elle mit au monde, le saint des saints, le nouvel Adam, l’Emmanuel. Marie a fait l’objet de toutes les prévenances de Dieu, de tous ses soins, de toutes ses complaisances. Elle est la fleur parfaite que rien ne pouvait abîmer, qu’aucun péché ne devait gâter, la rose virginale qui, depuis, ne cesse de répandre, sur la terre et dans le ciel, le plus doux des parfums.
Fr. David Perrin o.p.

Frère David Perrin

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