Sur le front : la cendre. Au cœur : la grâce !

par | 6 mars 2019 |

Frère David Perrin

L’entrée dans le carême ressemblerait-elle à celle des gladiateurs dans le Colisée ? Entrons-nous dans l’arène pour affronter les bêtes féroces de nos passions, nous mesurer à des adversaires infiniment plus forts et mieux entraînés que nous ? Allons-nous devoir nous battre contre le péché en sachant, comme les gladiateurs, que nous allons tôt ou tard tomber ? Allons-nous crier comme ces esclaves condamnés : Ave César, ceux qui vont mourir te saluent ? La voix des médias va-t-elle résonner dans cette église et dans les rues : Bienvenue, chers amis, bienvenue aux deux mille dix-neuvièmes jeux de la faim ! Bienvenue aux deux-mille dix-neuvième carême ! Nous vous promettons le plus agréable des spectacles : des chrétiens à bout de force vaincus par le péché qu’ils voulaient combattre ?
S’agit-il, frères et sœurs, de cela ? Allons-nous donner au monde le spectacle jouissif d’hommes et de femmes engagés dans un combat perdu d’avance ? Le Seigneur est-il cet empereur qui, depuis sa loge, lèvera ou abaissera son pouce, selon son bon plaisir ou les caprices de la foule ? Non ! Les chrétiens ne se donnent en spectacle ni aux païens ni à Dieu ! Aujourd’hui, il est vrai, nous descendons au désert. Aujourd’hui, nous entrons dans un combat. Aujourd’hui, nous nous souvenons que nous sommes poussière et que nous retournerons à la poussière. Nous avons au front la marque de notre faiblesse mais au cœur la marque invisible de notre force, l’empreinte de la grâce, le caractère de Dieu. Nous savons que le Seigneur est avec nous. Il nous prend avec lui, au désert, nous son peuple, ses amis, pour affronter, face à face, les bêtes sauvages et remporter grâce à lui la victoire.
Aucun d’entre nous, dans ce combat, ne sera laissé seul, livré à lui-même, tenu à l’écart. Nous marcherons ensemble, solidaires, tenus les uns aux autres par le lien de la charité. Le carême n’est pas le temps du « moi, moi, moi » mais celui du « nous ». La pénitence à laquelle Dieu nous appelle est à la fois personnelle et communautaire. Dieu attend que chacun de nous prenne sa part dans l’édification, la guérison, la consolation de son corps qu’est l’Église. Nous avons par la grâce le pouvoir de faire du bien, beaucoup de bien pour l’Église. Ayons à cœur durant ce carême de réparer non seulement nos offenses à l’égard de Dieu et du prochain mais celles que d’autres ont commises. Que notre prière, notre adoration, notre jeûne, notre aumône soient des réparations, des sacrifices d’expiation agréables à Dieu, offerts pour nos péchés et ceux de nos frères. Que le Seigneur nous prenne en pitié et nous donne sa grâce !
Fr. David Perrin o.p.

Frère David Perrin

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