Sur qui compter pour être heureux ?

par | 17 février 2022

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Frères et sœurs, si on vous pose par exemple la question : « Voulez-vous être heureux ou malheureux » ? Je pense qu’il n’y a pas à attendre longtemps pour avoir la réponse. On la connaît d’avance. C’est un sondage facile à préparer et même à conclure. On n’a pas besoin d’interroger grand monde pour avoir des résultats. Par contre si vous trouvez quelqu’un qui vous dit qu’il veut être malheureux, vous allez vous interroger sur son état intérieur. Si, donc, on pose la question : « Heureux, malheureux ? », tout le monde dira, en tout cas à mon avis : « Heureux ».
L’évangile de ce dimanche nous présente les Béatitudes de Luc (6,17-26) enseignées à une multitude de personnes venant d’horizons divers. La version de Luc et le sermon sur la montagne de Matthieu (Matthieu 5,7) offrent quelques similitudes mais aussi des différences. Matthieu a neuf béatitudes et aucune malédiction, Luc en a quatre. Luc compare la bénédiction du pauvre, de l’affamé, du malheureux et du persécuté à la tristesse du célèbre, du suffisant, du repu et du riche. « Malédiction » est pour Luc la manière de décrire ce qui va advenir à ceux qui ne veulent pas reconnaître Dieu comme seule source de vrai sens et de la joie qui dure. Ce texte de Luc (Luc 6,17 ; 20-26) est formé d’une partie de l’introduction du sermon et des bénédictions et malédictions concernant les conditions économiques et sociales de l’humanité.
En contraste, Matthieu accentue les valeurs religieuses et spirituelles des disciples dans le Royaume inauguré par Jésus (« pauvre de cœur », Mt 5,5 ; « affamé et assoiffé pour la justice » Mt 5,6). Dans toutes ces bénédictions et malédictions, la condition des personnes auxquelles elles s’adressent changera complètement dans l’avenir.
Le ministère entier de Jésus, qui était centré sur la proclamation du Royaume de Dieu, a eu lieu au Nord du rivage de la Mer de Galilée, dans une région réputée pour sa violence et ses factions rivales. Jésus cherche à y apporter la justice. Les foules qui écoutèrent Jésus sont subjuguées parce qu’il parlait avec autorité, avec la force de quelqu’un qui connaissait la vérité et l’offrait librement aux autres. Les Béatitudes révèlent la justice ultime de Dieu. Elles soulignent la proximité prophétique envers ceux qui vivent aux franges de la société. Dans cette magnifique scène, surplombant la Mer, Jésus met la justice biblique en pratique en proclamant les Béatitudes. La justice authentique est un élan de soi-même vers le malade, l’infirme, le pauvre et l’affamé. Jésus est le pauvre de cœur, l’humble, le persécuté et le pacificateur. Jésus est le nouveau « code de sainteté » qui doit être gravé dans les cœurs, et contemplé à travers l’action du Saint Esprit. Sa Passion et sa Mort sont le couronnement de sa sainteté.
La sainteté est une manière de vivre qui implique engagement et action. Ce n’est pas un effort passif mais plutôt un choix continuel d’approfondir sa relation avec Dieu et ensuite d’autoriser cette relation à guider toutes ses actions dans le monde. La sainteté requiert un changement radical dans nos mentalités et attitudes. L’acceptation de l’appel à la sainteté place Dieu comme but final dans tous les aspects de nos vies. Cette orientation fondamentale envers Dieu enveloppe et maintient notre relation avec les autres êtres humains.
Nous devons tenir les Béatitudes comme un miroir dans lequel nous examinons nos vies et consciences. En regardant Jésus, nous voyons ce que signifie être pauvre de cœur, doux et miséricordieux, pleurer, se soucier de ce qui est droit, d’avoir le cœur pur, d’être artisan de paix, d’être persécuté. Comment pouvons-nous être disciples de Jésus et mettre en pratique l’enseignement des Béatitudes ?
Frères et sœurs, le bonheur est-il une chimère ? Le bonheur est-ce une chose à obtenir, ou un don à accueillir ? Et si le bonheur était à l’intérieur de nous ? Il y a de petits et de grands bonheurs, comme de petites et de grandes joies. Savoir discerner et savourer les petits bonheurs prépare à l’accueil des grands. Il se pourrait même que le plus grand bonheur ne soit formé que d’une multitude de petits. L’expérience nous apprend que dans la vie de chaque jour, bonheur et malheur cohabitent. Notre vie est faite d’ombre et de lumière, de progrès et de recul ; de jours heureux et de jours moins heureux… L’œil et le cœur semblent moins sensibles au bonheur qu’au malheur. Cette attitude est la source de beaucoup de nos tristesses, de nos mélancolies, de nos insatisfactions.
Notre malheur, c’est de ne pas voir nos petits bonheurs… « La pire tentation, a écrit Jean Bastaire, est de désespérer du BONHEUR. » (Paraboles d’Orient et d’Occident). La pire tentation pourrait être aussi de ne pas voir le bonheur qui est déjà dans notre maison. Tagore écrit : « Ne va pas au jardin des fleurs, (bonheur) mon ami… en toi est le jardin des fleurs… du Bonheur… » Nous n’avons pas à nous déplacer très loin… le bonheur prend racine au-dedans… Robert Lebel chante : « Je te cherchais dehors tu étais au-dedans…» Nous avons à redécouvrir les voies d’accès au bonheur.
Mais de quoi est-il fait, ce bonheur ? En regardant le monde dans lequel nous vivons, cette question demeure actuelle, elle est peut-être plus pressante en ces temps d’inflation, de chômage, d’incertitude politique, d’inquiétude au sujet de l’avenir de nos ressources de toutes sortes, des tensions internationales, etc. Le bonheur, en ces temps modernes, est mis à rude épreuve. Les propositions « de bonheur éphémère » ne manquent pas. Chaque jour nous sommes sollicitées par des « marchands de bonheur » qui prétendent combler tous nos désirs (publicité, consommation, voiture performante, voyage dans le sud, gros lot… etc.) Le bonheur, proclamé par la publicité, se réduit souvent à l’argent, à l’accumulation de biens, à la recherche de prestige, d’influence. Nous savons très bien que le bonheur, dont il est question dans le texte évangélique des béatitudes, ne correspond pas à la vision du bonheur véhiculée et étalée dans toutes les formes de propagandes modernes caractérisées par l’absence de souffrances, de problèmes, etc. Le bonheur des béatitudes n’exclut pas nécessairement la souffrance et la privation. Les béatitudes nous présentent le bonheur, à la manière de Jésus, comme une forme de félicitations qui suppose la constatation d’un bonheur déjà réalisé ou entrain de se réaliser.
Eh bien, le Seigneur nous invite aujourd’hui à reprendre conscience de l’enjeu de nos choix de vie. Qu’est-ce qui compte le plus pour nous dans la vie ? Sur quoi comptons-nous pour être heureux ? En qui mettons-nous notre confiance ? Mettons-nous notre confiance dans le Seigneur, acceptons-nous ce qu’il nous propose comme chemin de bonheur et de joie ou, au contraire, cherchons-nous à trouver nos propres solutions, au risque que s’y substitue le dégoût de nous-mêmes et le désespoir ? C’est cela que le Christ va essayer de démontrer par le chemin qu’il va parcourir avec ses apôtres pour aider les hommes à comprendre que le seul chemin de bonheur, c’est de mettre en Dieu sa confiance.
Amen !

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Julien Wato