Tout ravin sera comblé

par | 9 décembre 2018 |

Frère Guy Touton

            Tout ravin sera comblé

   Evangile du 2° dimanche de l’Avent 2018, Luc 3, 1-6              

       A la suite de bien des prophètes de l’ancienne Alliance, Jean-Baptiste prêchait le long du Jourdain, ce fleuve limitrophe avec la Terre Promise, que Moïse d’ailleurs ne put jamais gagner. Il descend du mont Hermon jusqu’à la vallée la plus basse du monde qui va vers la mer Morte, -392 en-dessous du niveau de la mer.

   Notre cœur aussi est limitrophe, mélange de chair et d’esprit, d’aspirations terrestres et d’aspirations spirituelles, de choses de République et de choses de Dieu, quand elles ne sont pas niées. Il descend dans une très basse fosse, où seul l’Esprit peut pénétrer,  qui sonde les profondeurs de Dieu. Les sciences humaines essaient aussi d’y pénétrer, et font ce qu’elles peuvent pour le démêler. Avec plus moins de bonheur, faut-il ajouter. La littérature aussi essaie de le pénétrer, qu’est-ce que vous croyez qu’elle soit d’autre chez les meilleurs qu’une descente hardie dans nos contradictions.

   La promesse d’Isaïe a l’air comme ça, mais elle dit quelque chose qu’aucune science d’homme ne saurait énoncer sans basculer dans la prétention démiurgique : « Tout ravin sera comblé ». Quoi ? Les ravins de ce cœur inextricable seront comblés ?… Ce cœur capable du meilleur et du pire, lieu de l’Esprit-Saint et tripot des passions, maison de jeu de nos vices, terre de nos élans les plus sublimes, peut donc être comblé… Redites-nous ça, ai-je bien entendu ?

   Mais oui, « les passages tortueux » de ce pauvre cœur alambiqué « deviendront droits », je cite, les chemins rocailleux de ce pauvre cœur, dur comme pierre parfois, seront « aplanis », je cite encore, en me tenant au-dessus des abîmes à la corde de la Parole de Dieu.  Paroles, paroles, dit la chanson… Encore des promesses, dit en moi quelqu’un qui pourrait bien être le vieil homme de Paul.

   Mais l’évangile d’aujourd’hui est formel : avec le Christ l’appel est lancé, semé, enfoui dans l’histoire humaine, dans sa mémoire, il nous reste à le faire nôtre, à accomplir tout le travail qui appartient seul à la terre de faire: accueillir cet appel comme une semence à laisser naître et croître.  Le cœur doit être retourné, bêché, aéré, oui, comme une terre. En bon langage biblique cela s’appelle « le baptême de conversion », je cite encore. Et au bout de ce travail de jardinage, qui dure toute la vie, je vous prie de croire, au bout de ces douleurs d’enfantement : « le salut de Dieu », je cite encore.  

   Le « salut de Dieu », je vous laisse sur ce panorama infini, avec la conviction quand même qu’on est en Terre Promise avec Jésus.  

Frère Guy Touton

Frère Guy Touton