Trouver la Croix et le Crucifié

par | 14 septembre 2025

Partout, il y a des croix. Vous en portez peut-être une autour du cou. Les frères la portent à la ceinture, au bout de leur rosaire. Elle est aussi au bout de votre chapelet, dans votre poche. Dans l’église, dès qu’on lève la tête, on voit des croix. Hier j’ai essayé de compter les croix qu’il y a dans cette église… et je me suis arrêté en cours de route tellement il y en a ! Ce n’est pas si facile de les trouver, d’ailleurs : il y a des croix dorées sur fond d’or qu’on ne voit qu’en étant attentif, il y en a dans les tableaux… J’en ai compté quarante avant de m’arrêter. Sans me promener dans l’église, juste en restant assis à une place et en tournant la tête de tous côtés, j’en avais déjà quarante ! La Croix est le symbole du christianisme. D’ailleurs nous avons un jour de fête – aujourd’hui – pour elle, en plus du Vendredi Saint.

Comment rendre raison de cette importance ?

Je voudrais vous proposer une image. Imaginons un camp de jeunes dans la nature, des scouts par exemple. Lors d’un grand jeu, ils doivent rejoindre un objectif par le chemin qu’ils veulent. Ils peuvent tracer tout droit à travers les broussailles, ou bien prendre un chemin plus long qui contourne les sommets pour avoir moins de dénivelé, ou encore prendre un chemin assez direct mais avec des montées… Imaginons encore qu’entre le point de départ et l’arrivée passe un fleuve et qu’il n’y a qu’un pont pour le traverser. Tous, quel que soit leur itinéraire, devront l’emprunter. Ce sera comme un point central de tous les chemins, un point de passage obligé. La Croix du Christ est comme ce pont.

Pour aller de notre point de départ, ici aujourd’hui, jusqu’au Ciel qui est le but de notre vie, jusqu’à Dieu, il y a beaucoup de chemins, ces chemins sont variés, mais il y a un point de passage obligatoire : la Croix du Christ.

J’aime bien cette image de la Croix comme un pont. Déjà parce que j’imagine un pont de bois, comme le bois de la Croix, ou celui de l’Arche de Noé qui permettait de traverser le déluge et d’être sauvé. Et surtout parce que cette image pointe le fait que la Croix est un point de passage obligé de la vie chrétienne, qu’elle a une position centrale, et qu’elle n’est pas l’objectif de notre vie.

C’est un point de passage obligé. Si on cherche le Crucifié, on trouve la Croix. On ne peut pas trouver le Crucifié sans rencontrer la Croix. Nos vies sont différentes, mais elles ont en commun de passer par la Croix.

Qu’est-ce que cela veut dire « passer par la Croix » ? C’est passer par des épreuves et les vivre avec patience, avec amour, comme Jésus a vécu la Croix. Ici-bas, il n’y a pas que des souffrances et des larmes, mais il y en a. Parfois, ce que nous souffrons sont les conséquences de nos mauvaises actions (par exemple, la maladie qui survient à cause de mes excès, ou la solitude, si les autres me rejettent à cause de mon égoïsme) … comment ne pas voir dans ces épreuves un moyen de rédemption ? D’autres fois, nous subissons le mal sans en être responsable, comme Jésus a souffert la Croix, et cette épreuve absurde peut avoir une valeur pourvu que nous ayons en nous, comme dit S. Paul, « les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5), c’est-à-dire si nous sommes humblement prêts à être abaissés pour être élevés.

Cette association à la Croix du Seigneur est un passage obligé.

Soit parce que, dans un monde marqué par le péché, le juste ne peut pas ne pas être persécuté. C’est ce qu’a vécu notre Maître et Seigneur, nous n’aurons pas une condition radicalement différente. On ne peut pas trouver le Crucifié sans rencontrer la Croix.

Soit parce que le mal qu’on fait retombe au moins en partie sur nous, ou parce que le mal que les autres font retombe sur nous. Et dans ces épreuves subies, nous pouvons rencontrer Jésus : Quand on rencontre la Croix, on trouve le Crucifié.

Ce passage par la Croix est un chemin de gloire s’il nous permet de nous purifier, de nous faire grandir en amour, en patience, en confiance en Dieu, etc. Ce n’est pas toujours le cas et cela dépend de nos dispositions. Selon nos dispositions, les épreuves ne portent pas toujours du fruit, nous pouvons avoir des croix stériles, des croix qui ne sont pas des ponts. Et pourtant, toutes les épreuves sont des occasions de grandir en amour. C’est cela qui en fait des ponts pour rejoindre l’autre rive, celle de la victoire… parce que c’est bien l’objectif.

La Croix a une position centrale dans notre foi et notre vie, cela ne veut pas seulement dire qu’elle est importante, mais aussi qu’elle n’est pas le terme de la vie chrétienne. Notre but n’est pas la souffrance de la Croix – encore heureux ! – mais la Béatitude du Ciel. Comme les scouts ne s’arrêtent pas sur le pont, mais l’empruntent pour aller à leur objectif, de même la Croix est le moyen de la sainteté mais n’est pas le terme. C’est toute sa grandeur et sa gloire, mais aussi sa limite. La Croix est toute relative à la Gloire du Ciel que Dieu nous réserve. Les baskets avec lesquelles le marathonien gagne la course sont sans doute glorieuses – et il pourra les garder précieusement en mémoire de cette victoire – mais le trophée qu’il gagne compte bien plus !

Voici donc ce qu’est la Croix pour nous : un passage nécessaire, et en même temps seulement un passage vers le terme qui nous attend : Dieu lui-même. Quand on cherche le Crucifié, on trouve la Croix. Et sur la Croix, nous trouvons le Crucifié qui est aussi notre Béatitude.

fr. Timothée Lagabrielle, op

Fr. Timothée Lagabrielle